vendredi 19 décembre 2008

Vel d'Hiv : le début de la fin

Le marché de la victimisation fut ouvert le 16 juillet 1995. Dans un but obscur, Chirac le vagabond de la politique (un coup gaulliste, un coup Rad Soc) commit, ce matin de juillet, un beau discours. Une seule phrase qui n’aurait jamais dû franchir le stade de l’écrit a suffit à entrouvrir la boîte de pandore : « Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible »… Autant les mots « conserver » « dette imprescriptible » ne me pose pas de problème et dans le contexte, « leur égard » fait bien sur référence aux juifs. Autant ce nous me dérange, qui ça nous ? Nous les français avons une dette imprescriptible envers le peuple juif ? Nous français qui avons sauvé 80 % de la communauté juive de France durant l’occupation ce qui est un record dans toute l’Europe ! Moi français n’ayant pas connu cette période mais dont les grands parents ont caché des juifs durant la guerre !

Devant un tel racolage mémoriel on est en droit de se poser la question suivante: Est-ce que cette histoire relevait d’un calcul politique ou est-ce que Chirac est tout simplement dépourvu de bon sens? La suite, mielleuse et niaise à souhait nous fait pencher pour la seconde solution. Que dire en effet de cette assertion grotesque, digne d’une militante LCR mal baisée : En la matière, rien n'est insignifiant, rien n'est banal, rien n'est dissociable. Les crimes racistes, la défense de thèses révisionnistes, les provocations en tout genre - les petites phrases, les bons mots - puisent aux mêmes sources. Oh, pour le coup il faut reconnaitre que même sans ce discours le processus était en marche, mais on peut féliciter l’effort d’institutionnalisation d’une pratique déjà bien en vogue consistant à qualifier de nazis n’importe quel dérapage. Si on s’en tient à cette phrase le doute n’est d’ailleurs plus permis: Siné revêt tous les soirs un uniforme nazi et allume des cierges devant un portrait d’Hitler, vous en doutez ? Relisez : les petites phrases, les bons mots - puisent aux mêmes sources.

Ce qu’ignorait peut être Chirac, c’est que ce fameux discours aurait un effet boomerang, car en reconnaissant la responsabilité de la France dans les déportations juives sous l’occupation il s’exposait à voir affluer des revendications en tout genre, et ça n’a pas loupé… Sur le marché de la victimisation le monopole juif n’a pas duré longtemps, il est désormais ouvert à la concurrence, chaque communauté voulant sa part de souffrance endurée (réelle ou purement fantasmée). Dans cette course au leadership les différentes communautés n’hésitent pas à se tirer dans les pattes : Act up présent au mémorial de la déportation scandant aux juifs présents « nous aussi nous avons été persécutés », ou Dieudonné clamant que la souffrance noire rachète la souffrance juive etc… Nous avons donc pu voir fleurir une multitude de lois pour réguler ce marché: la loi Gayssot, Taubira, mais aussi des signes de reconnaissance comme le discours de Sarkozy en Algérie.

Il faudrait d’ailleurs sérieusement penser à créer un label « victime »: les noirs victimes de l’esclavage, les gays persécutés tour à tour par l’église et les nazis, les juifs ont la shoah et les maghrébins la colonisation. Le blanc chrétien hétéro bénéficiant bien sûr du label esclavagiste, inquisiteur, génocidaire et colon… Enfoirés de blancs…


Nous pouvons donc assister à la destruction d’une nation, remplacée par à un agglomérat de communautés s’épiant et se jalousant les unes les autres. La patrie a disparu, laissant place à une guerre des gangs monopolisant le débat public et dont la seule lutte consiste à établir le degré de souffrance subie.


Flannigan

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Desproges pouvait rire sur des sujets aujourd'hui taboos...