lundi 9 février 2009

Sémantiquement correct

Dans 1984, Orwell décrit une société totalitaire, utilisant une « novlangue », permettant à l’Etat de pénétrer non seulement dans les institutions mais aussi dans la conscience des individus. Cette nouvelle langue a pour objectif de rendre impossible l’expression d’idées subversives et d’éviter toute formulation critique.

Ce mécanisme de contrôle de la pensée (les linguistes le savent mieux que quiconque : c’est la langue qui est le reflet du cerveau et non l’inverse), outil par excellence du totalitarisme, est toujours présent dans notre « démocrature ». La rééducation se masque derrière le panurgisme de masse. L’analyse sémantique de nombreux termes, volontairement galvaudés, permet de mieux comprendre la pensée unique et pavlovienne de toute une génération.

En voici quelques exemples :


Fascisme : Probablement le mot le plus galvaudé de notre histoire. Il convient ici de distinguer plusieurs périodes, trois notamment :

Avant-guerre, le terme est utilisé par la propagande communiste afin d’amalgamer plusieurs mouvements politiques et philosophiques : le national-socialisme ; le régime mussolinien ; les Etats nationaux catholiques (Dollfuss, Salazar, Franco) ; la droite nationaliste des pays libéraux. L’explication est simple, il existe un point commun entre tous ces courants de pensée : l’anticommunisme. Or, selon la formule désormais célèbre de Sartre, « tout anticommuniste est un chien ». En effet, toute critique formulée à l’égard du paradis socialiste, fait de son auteur l’ami du contraire, c’est-à-dire du nazisme. Le sophisme est d’une efficacité redoutable, et permettra aux thuriféraires du marxisme-léninisme de maximiser l’électorat communiste.

Dans le passé d’une illusion, François Furet dénonce ce terrorisme intellectuel : « L’antifascisme : avec ce mot tout est dit de ce qui va faire, le rayonnement du communisme dans l’après-guerre. »

Le nazisme est mort et enterré, mais le marxisme demeure « l’horizon indépassable » de l’époque. Le parti des « 75.000 fusillés », profite de l’émotion suscitée par les massacres perpétrés durant la guerre et continue consciemment à galvauder le mot fasciste, afin de satisfaire la volonté de leur maître : le héros de Stalingrad, « le petit père des peuples ».

Après 68, l’image du socialisme se dégrade peu à peu à l’Est, l’antiracisme devient le nouveau cheval de bataille de la gauche progressiste et se substitue peu à peu au catéchisme communiste. Les dogmes changent, mais les méthodes restent les mêmes. Les anciens trotskystes reconvertis dans « la lutte des races » ne le savent que trop bien. L’antiracisme devient selon la formule désormais célèbre du philosophe Finkielkraut : « le communisme du XXIe siècle ». Quiconque manifeste la moindre hostilité à l’encontre de l’idéologie antiraciste trahit une connivence implicite avec son ennemi juré : le fascisme.

Ainsi, le terme fasciste ne correspond plus depuis longtemps à un contenu objectif. « Il n’est plus qu’une insulte, une arme pour disqualifier l’adversaire », constate Jean Sévillia dans le terrorisme intellectuel. Ce fantasme reste néanmoins invoqué en n’importe quel occasion par toute une génération.


Sans Papiers : ou néologisme trompeur servant à désigner des immigrés clandestins, c’est-à-dire des gens ayant pénétré illégalement sur le territoire national et possédant des papiers d’un pays qu’ils n’auraient jamais dû quitter. L’expression à elle seule est un piège. Elle sous entend que les immigrés clandestins sont des êtres apatrides, ne possédant pas de papiers et que par conséquent notre devoir de citoyen serait de leur en donner. Le fait que cette formule, soit utilisée unanimement par la caste journalistique (Consciemment pour les plus malins, inconsciemment pour les autres) est sémantiquement une victoire pour les associations prônant l’abolition des frontières, et la régularisation massive.


Rafle : Terme ayant une connotation historique bien précise, puisque faisant référence à la rafle du vélodrome d’hiver, c’est-à-dire la plus grande arrestation massive de juifs (dont on connaît le sort funeste) réalisée en France pendant la seconde guerre mondiale.

Ici encore, l’abâtardissement volontaire de la langue française a une explication simple : Culpabiliser tout un pays, fautif de vouloir réguler les flux migratoires, en assimilant la situation des « sans papiers » à celle des juifs durant la Shoah.


Diversité : Terme aujourd’hui codé permettant de voiler la religion du métissage culturel ou multiculturalisme, nouveau graal assigné à notre époque.


Machiste : Etymologiquement, vient de l’espagnol « macho » qui signifie « viril ». Terme servant originellement à désigner le mâle, soucieux de protéger le foyer familial, c’est-à-dire sa femme et ses enfants. Mot volontairement galvaudé par un féminisme castrateur et pathogène ayant pour objectif de féminiser l’Homme et toute une société.

Terme utilisé exclusivement par les femmes dans les années 70, et aujourd’hui employé par toute une génération d’hommes, ce qui est sémantiquement une victoire pour les féministes puisque cela montre bien que ces derniers ont (inconsciemment pour la plupart) intériorisé un langage et un comportement qui n’est pas le leur.


Devoir d’ingérence : Terme codé masquant le désir néocolonial d’un homme souhaitant utiliser un pouvoir occidental pour « civiliser » et « émanciper » les peuples du tiers monde.

Comportement névrotique, révélateur du sentiment de supériorité morale, d’un désormais ministre ayant prêté allégeance au néo-conservatisme américain.


Populisme : Terme qui avait autrefois une connotation positive puisqu’il signifiait être proche du peuple, ce qui soit dit en passant est le but même de la politique. En effet il parait difficile de répondre à la définition aristotélicienne de la politique, c’est-à-dire la recherche du bien commun, sans chercher à satisfaire les aspirations populaires.

Le populiste est aujourd’hui volontairement confondu avec le démagogue. Cet amalgame est révélateur de l’état d’esprit de l’intelligentsia bien pensante et de son mépris du peuple qu’elle considère comme étant : raciste, xénophobe, homophobe, égoïste, misogyne ou encore « béret, bourrées, binious, bref, “franchouillard” ou cocardier » selon les propres termes de Pierre Bergé, Georges-Marc Benamou et Bernard-Henri Lévy (ce dernier étant sans nul doute le plus grand stalinien de la pensée que notre époque ait connu).


Raciste : Terme désignant celui qui hiérarchise les races.

Aujourd’hui, formule consciemment galvaudée puisque servant à nommer celui qui refuse de s’adapter à l’idéologie bien pensante en distinguant les races. (Voir le mot race).


Race : Terme dont l’usage est interdit depuis l’affaire Zemmour.


Cosmopolite : Terme dont l’usage est interdit depuis l’affaire Péan.


Paul M

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Petit rappel en droit international, l'ingérence est interdite et est inscrite dans l'article 2 paragraphe 7 de la charte des nations unies, rappelé dans la résolution 2265 de l'Assemblée générale, le 24 octobre 1970. D'autre part la définition de l'ingérence est, l'intervention d'un Etat dans les domaines relevant exclusivement de sa compétence donc de sa souveraineté. Or si intervention il y a, c'est seulement du fait du conseil de sécurité, par autorisation et donc justifié légalement par l'organisation des Nations unies, où sont parties les Etats et donc ayant des obligations à son égard. Ces obligations étant de l'ordre de la protection d'un minimun minimorum concernant les droits de l'homme.Or les Etats étant parties au Nations Unies, ce domaine d'un minimum requis n'est plus de la compétence étatique mais bien de cette organisation.Et pour éviter toute vindicte concernant un éventuel reproche sur l'aspect occidental de ce minimum humanitaire, vis à vis de cette organisation ayant vocation universelle. Car c'est dans une approche universaliste et non occidentale uniquement que ce genre de décisions sont prises même si effectivement des influences occidentales existent mais pas que, la chine et d'autres pays font pressions aussi.

Anonyme a dit…

Je suis d'accord. Mais ça ne change pas ce que je sous-entend, en créant la devoir d'ingérence monsieur K a réinventé une forme de néocolonialisme. Il considère que la démocratie occidentale est le meilleur régime politique, et que par conséquent il doit être imposé au reste du monde. C'est du moralisme, proche de l'état d'esprit des colonisateurs du XIXe siècle qui étaient persuadés de faire le bien, et au nom de cela se sont arrogés tous les droits.
Au XIXème siècle, c'est au nom de la colonisation que l'on souhaite amener la "civilisation" et que l'on "émancipe", dans la mesure où l'on considère que ces valeurs sont supérieures à celles du pays au sein duquel on intervient.
En France, si une puissance étrangère était intervenu lors de la révolution française pour empêcher les massacres et rétablir la monarchie au nom de l'ordre moral, nous ne serions pas la grande nation républicaine que nous sommes aujourd'hui.

Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…

"Quand l'excès de bien engendre le mal absolu"
Jean Baudrillard

Anonyme a dit…

Pour répondre à ta suggestion, le mot colonialisme vient du latin "colere", qui se traduit par cultiver ou honorer ce qui donna culte, culture et colon dans le même temps. La notion de colonialisme passe par l'idée d'éduquer des peuples moins ou pas civilisés, avec le postulat pour le colonisateur d'être meilleur. Tu parles de néocolonialisme pour le devoir d'ingérence, mais ici ce que les Etats recherchent, ce n'est pas d'éduquer les populations, ce n'est simplement qu'a asseoir leurs intérêts. Car autrement on tombe dans un sentimentalisme, ou moralisme même. Or "l'Etat n'a pas de sentiment, il n'a que des intérêts". Alors certes on peut critiquer l'utilisation des droits de l'homme par les Etats pour assouvir leurs intérêts, se servant de ce paravent d'idées humanistes mais on ne peut associer cela a un néocolonialisme, qui associerait ces actions étatiques à l'imposition d'un modèle occidental lambda. Car cet élan pour le modèle occidental ne serait si il a lieu qu'un bonus supplémentaire favorisant encore plus la possibilité pour les Etats par le biais d'un marché plus ouverts de satisfaire leurs besoins.

Anonyme a dit…

En deux mots, je pense qu'il y a les deux. Les gouvernements successifs de la IIIème république considéraient que la colonisation était conforme à la philosophie des droits de l'homme, et ont aussi compris que les territoires conquis étaient riches en main d'oeuvre et en matières premières. (Même si comme l'a démontré Jacques Marseille, les colonies ont fait perdre plus d'argent à la France qu'elles ne lui en ont rapporté)
Pour le devoir d'ingérence, c'est la même chose. Certes, les occidentaux agissent en fonction d'intérêts géopolitiques, financiers etc etc mais aussi parce qu'ils considèrent qu'ils ont un devoir celui de "civiliser".
Prenons l'exemple de la guerre en Irak (c'est-à-dire la logique du devoir d'ingérence poussée jusqu'au bout). Bernard Kouchner était favorable à la guerre en Irak. Il a condamné le fait que les américains interviennent pour des raisons économiques et stratégiques, mais a approuvé le fait que l'on mette fin à une dictature pour apporter les droits de l'homme. Je crois que l'on retrouve chez cet homme un sentiment de supériorité moral proche des colonisateurs d'autrefois. Lorsqu'il tient de tels propos notre ministre des affaires étrangères est sincèrement persuadé de faire le bien. On retrouve d'ailleurs cette même arrogance chez Eric Breteau avec l'affaire arche de Zoë. Ces gens au mépris de toutes les lois en vigueur et surtout au mépris de la souveraineté de l'Etat Tchadien ont enlevé une centaine d'enfants, parce qu'ils étaient convaincus de faire une bonne chose.

"L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête" Blaise Pascal