mardi 12 mai 2009

D'une simplicité biblique

Les propos de Benoit XVI sur le préservatif ont déclenché dernièrement une controverse mondiale. Ses détracteurs se présentaient pourtant comme des apôtres de la tolérance et du respect de la liberté d'expression. A cet égard, leur réaction ne manque pas de contradictions. Quelle est donc l’origine de ce paradoxe ? Pourquoi Benoît XVI dérange-t-il autant ?


Une réponse approfondie à cette question nous fait remonter jusqu’à la Renaissance et à l'Humanisme qui marquent les prémices de la modernité et l’émergence d’une vision anthropocentrée du monde, c'est-à-dire tournée vers l’homme. Au XVIIème siècle, Descartes, à la suite des humanistes, rebâtit un savoir fondé à partir des seules connaissances scientifiques. Plus tard, le siècle des Lumières a vu se développer l’émancipation de la volonté de la loi naturelle et des commandements chrétiens. Les auteurs de ces « idées nouvelles » sont les fondateurs de la pensée moderne telle que nous la connaissons. De créature, l’homme est devenu créateur. Il se fixe désormais ses propres normes et recherche « sa » vérité.

Attachons nous à deux principes du monde moderne. Premier principe: la liberté n’est plus d’obéir à une morale supérieure mais d’avoir la plus grande latitude d’action possible tant que je ne nuis pas moi-même à la liberté d’autrui[i]. Second principe : tous les hommes sont égaux, donc toutes les opinions se valent et personne ne peut m’imposer son avis en alléguant qu’il est supérieur : c’est le subjectivisme[ii]. En alliant ces deux principes on obtient donc : « je peux émettre n’importe quelle opinion puisque toutes les opinions se valent ».

Or, ce principe, comme on l’a vu, n’est pas appliqué par les médias. Quelle en est la cause ?

L’explication naît de la difficulté suivante : comment avoir une opinion sur tout sans m’en remettre à l’avis d’autrui ? Cela est impossible car ce serait alors reconnaître sa supériorité. Mais il m’est impossible de tout penser à la fois. Chacun va donc se rallier à l’opinion la plus couramment véhiculée et s’abandonner à l’appréciation du plus grand nombre en la faisant sienne. Pourtant, comme l’avait remarqué Platon en son temps, la vérité n’est pas nécessairement du côté du plus grand nombre.

Cette solution précaire pose une seconde difficulté : si tout le monde s’en remet à tout le monde, qui pense pour la majorité ? Deux entités ont cette autorité aujourd’hui. Les scientifiques, qui sont doctement écoutés, et les médias, qui véhiculent ce que pense la soi-disante majorité. On remarquera d’ailleurs que les médias ont fait appel aux scientifiques pour contredire les propos du pape.

Finalement, on aboutit malgré tout à une nouvelle morale motivée par le principe d’égalité. Cette morale est celle d'une certaine conception des droits de l’homme. Celle-ci est centrée sur le refus « de la différence qui veut faire la différence », aussitôt assimilée à une discrimination. La défense d'une identité culturelle est critiquée au nom de l’anti-racisme, la distinction de nature entre l'homme est la femme est assimilée à de la misogynie, l'affirmation d'une valeur supérieure du mariage entre un homme et une femme relève de l’homophobie... Tout ce qui tend à différencier deux faits, deux personnes ou deux comportements remet en cause l’égalité de façon inacceptable.

Mais cette nouvelle morale s’avance masquée. Elle ne veut pas apparaître comme telle sous peine de remettre en cause le principe d’égalité. En outre, elle fait fi du second principe : la liberté.

En effet, les médias qui imposent le refus de la discrimination comme opinion dominante, prônent un relativisme dogmatique. « Tout se vaut » nous dit-on, excepté ce qui remet en cause l’égalité et le relativisme. Autrement dit, toute opinion qui se prétend supérieure, qui se croit porteuse d’une quelconque vérité, n’est pas tolérée. La dimension liberticide du relativisme apparaît ici clairement. Par voie de conséquence plus le champ du relativisme s’étend, plus le nombre de domaines frappés par le dogmatisme s’accroît[iii].

Ainsi, dès lors qu’il invoque une morale qu'il juge plus digne pour l'homme, dès lors qu’il distingue un comportement d’un autre, le pape ne peut qu’être victime d’un lynchage médiatique.


Joseph d'Abbadi


[i] Principe développé par John Locke dans Traité du gouvernement civil.

[ii] Principe développé entre autre par Pierre Bayle.

[iii] Pour un approfondissement sur les conséquences de l'égalitarisme, se référer à l'ouvrage de Philippe Bénéton De l’égalité par défaut, Paris, Criterion, 1997.



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