vendredi 4 décembre 2009

Suicide au bout du fil


Jeudi 15 octobre 2009, un ingénieur de 48 ans se donne la mort. Ce nouveau drame porte à 25 le nombre de suicides en près de deux ans à France Télécom. «Le personnel est toujours en danger, c'est intolérable et inacceptable», soulignent les syndicats. En dépit de la mise en place d'un numéro d'appel avec des psychologues extérieurs, de l'ouverture de négociations sur le stress ou encore du gel des restructurations, le climat social reste particulièrement tendu au sein de l’entreprise. Les actions envisagées par les syndicats sont claires : « Etant donné l’incapacité de Didier Lombard à proposer un projet industriel viable, nous exigeons sa démission » souligne Stéphane Crozier (délégué CFE-CGC Unsa). L’actuel président de France Télécom a beau aller à confesse en reconnaissant avoir sous-estimé un certain nombre de « paramètres humains » et dénoncer « une course à la performance », il semble être devenu le nouveau fusible politico-médiatique d’une société à la recherche de boucs émissaires. On comprend bien la stratégie : tirer à vue sur le président de la plus grande entreprise française de téléphonie mobile, c’est dénoncer l’injustice du « nouvel horizon indépassable de notre temps » : une concurrence libre, non faussée et mondialisée préconisée par la Commission de Bruxelles et entérinée conjointement par la gauche et la droite depuis plus de 20 ans au Parlement européen. Le mal dont souffre France Télécom est en effet emblématique de l’évolution d’une société jetée brutalement dans les bras de la mondialisation libérale et de son cheval de Troie : L’Union européenne. Revenons sur les faits : en juin 1993, la Commission européenne fixe au 1er janvier 1998 l'ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence. La loi Fillon de juin 1996 abolit le monopole de France Télécom, mais l'ouverture du capital de l'opérateur historique est retardée par la dissolution présidentielle de 1997. Lionel Jospin, chantre du service public durant la campagne électorale doit faire face aux objurgations de Bruxelles et finit par autoriser la mise en bourse de 20,9 % du capital de France Télécom. « On est passé d’une entreprise de service public à une machine à faire du cash » soulignait autrefois Michel Bon, ancien PDG de France Télécom. L’entreprise est en effet victime de son adaptation à une société moderne, sans frontières dont nos bien pensants se gargarisent en permanence. Les socialistes sautent comme des cabris en criant « social-démocratie, social-démocratie », mais ne parviennent pas à se rabibocher avec des salariés nostalgiques d’un modèle étatiste et égalitaire dont ils étaient jadis les anges gardiens, menace du communisme oblige.

L’expérience socialiste russe ayant échoué, l’ultra-libéralisme s’est substitué aux vieilles recettes keynésiennes. Aux trente glorieuses succédèrent les « trente honteuses » d’un néo capitalisme qui, désormais seul en place phagocyte tout sur son passage. Tout ce qui résiste à l’atomisation généralisée doit disparaître. Déliquescence du modèle républicain et de ses instruments d’intégration, mais aussi des sociétés domestiques, religieuses et politiques (famille, religion, nation) c’est-à-dire des forces intégratrices et enracinantes qui préservaient l’individu du « suicide égoïste » au sens où l’entendait Emile Durkheim. Le marché est une centrifugeuse qui broie tout sur son passage : structures traditionnelles, modes de vie, valeurs et personnes.

« Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales, et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, ne laissant subsister d'autre lien entre l’homme et l’homme que le froid intérêt ». (Karl Marx)


Paul M

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