lundi 3 octobre 2011

Lettre aux enfants européens (nés en 2011) : devenez des hommes


Mes pauvres enfants, vous êtes nés dans un monde finissant et vous allez participer à son agonie. Vous, les jeunes Occidentaux, votre cauchemar ne fait que commencer.

Vous avez échappé à l’avortement et vous êtes nés dans ce qui reste de la famille en Europe. Elle sera peut-être « monoparentale », c’est-à-dire réduite à une seule personne. Ou bien constituée de deux personnes aux noms différents, voire de même sexe. Vos grands-parents, vous les verrez de temps en temps, pour qu’ils vous fassent des cadeaux ou pour qu’ils vous « gardent » pendant que vos parents travaillent ou s’amusent ; avant qu’ils ne rejoignent l’hospice car ils finiront aussi par gêner. Vos parents divorceront un jour, sans doute, s’ils se sont mariés (un mariage sur deux finit en divorce selon les statistiques). Votre famille se réduira au droit de visite.

Vous n’aurez pas le réconfort d’avoir beaucoup de frères et de sœurs car la démographie occidentale s’effondre : vous n’aurez que des copains, des potes et des adresses Internet. Vous n’aurez que des amis en silicone. Cela vous suffira puisque de toute façon vous allez passer 4 heures par jour devant la télévision. Le reste du temps, vous écouterez de la musique déracinée avec vos copains en « boum », en « boîte » ou sur votre MP3 et vous tapoterez sur votre téléphone-ordinateur-appareil photo-GPS portable.

Vous lirez peu et rarement de vrais livres. L’accès à la culture ne vous sera pas accordé sauf si vos parents sont riches. On vous dressera ainsi à rester des éternels spectateurs du monde : des objets et non des sujets de l’histoire.

L’école publique ne vous apprendra rien de votre passé, de votre histoire, de votre culture, de vos racines ou de votre religion. Elle vous apprendra seulement à respecter les commandements de l’idéologie dominante et qu’il est normal de copuler avec vos petits copains et copines. Elle vous apprendra à vous repentir de votre civilisation, à mépriser vos ancêtres et à suspecter vos parents. A la cantine on vous fera manger halal car il ne faut pas discriminer vos petits camarades musulmans. On vous apprendra à consommer et à céder à ce que vous croirez être vos libres pulsions, alors que vous serez seulement victimes de la suggestion publicitaire omniprésente.

Si vos parents ont un peu d’argent, vous vous inscrirez à l’université puisque tout le monde y va, bien que vous ne sachiez pas bien l’orthographe, à la différence de vos arrière-grands-parents qui n’avaient que leur certificat d’études primaires mais qui savaient lire, écrire et compter et qui connaissaient les chefs-lieux de départements. Avec un peu de patience vous obtiendrez un diplôme, comme tous les autres, et vous devrez alors chercher du travail. Comme tous les autres, car vous entrerez dans un monde où le travail durable est un privilège rare, désormais.

Vous serez en concurrence avec le monde entier : avec les Chinois et les Indiens qui fabriquent chez eux ce que l’on vous somme d’acheter, et avec les Africains qui sont installés en Europe. Des législations compliquées, destinées à empêcher de « discriminer » tout le monde sauf vous, ont en outre été mises en place. Il faudra vous contenter de peu si vous voulez travailler. Il faudra aussi faire preuve de docilité et de mobilité car la délocalisation de l’emploi industriel est désormais la loi. Et puis, compte tenu des prix de l’immobilier – car c’est le seul bien qui n’a pas encore été dévalué par les crises financières à répétition –, il vous faudra beaucoup vous déplacer entre votre domicile et votre travail, et de plus en plus longtemps puisque les centres villes sont de plus en plus chers. Et vous voyagerez dans les transports collectifs bondés car les routes sont saturées ou interdites.

Vous vivrez dans des banlieues et non plus dans des villes, des villages et des campagnes, comme vos ancêtres. Vous logerez entre le centre commercial, le centre culturel et le parking. La nuit, il vous faudra éviter de circuler pour ne pas rencontrer des « jeunes », des criminels récidivistes ou des contrôles de police musclés. Le mieux pour vous sera de rester chez vous à regarder la télévision. Vous y verrez des tas de choses auxquelles vous ne pourrez jamais accéder mais cela vous fera rêver, avant de vous endormir. Et cela vous donnera l’idée de vous endetter un peu plus pour acheter des objets inutiles que vous aurez « vus à la télévision ».

Mais il vous faudra éviter d’être malade, surtout si vous n’avez qu’un emploi à durée déterminée. Parce que les systèmes de sécurité sociale font faillite et qu’on remboursera mal vos dépenses médicales. Et parce qu’un arrêt de longue durée peut signifier un début de chômage, la dégringolade sociale irrémédiable dans un pays où 10% de la population n’a pas d’emploi.

Vous n’apprendrez pas le métier des armes puisque le service militaire a été aboli et qu’il est interdit de posséder des armes. Vous n’apprendrez pas à protéger votre nation, votre foyer, vos proches. Si vous êtes militaire de carrière on vous enverra guerroyer au loin, jouer les mercenaires de l’OTAN.

Vous n’apprendrez pas à être un citoyen qui participe à la vie de la cité. Non, si on vous fait militer ce sera pour des causes lointaines : on vous fera faire de « l’humanitaire » ou sauver les bébés phoques. On vous consultera sur pas grand’ chose d’important ; on vous laissera tranquille ; on vous demandera seulement de voter pour les candidats choisis par la télévision.

On vous apprendra à être un bon petit sujet docile, une gentille « ressource humaine » au service de l’économie, qui fait confiance aux institutions, aux conseils d’administration des entreprises et aux experts financiers pour vous « protéger ».

Il faudra aussi vous habituer à respecter les multiples prohibitions dont on a rempli votre vie, pour votre bien : trier sagement vos déchets ménagers, ne pas rouler trop vite, mettre votre ceinture de sécurité, ne pas fumer, ne pas manger trop sucré ou trop salé, ne pas boire plus d’un verre de vin, ne pas transporter d’objet pointu et coupant dans les avions et surtout ne pas avoir de mauvaises pensées.

Il faudra aussi que vous appreniez à être minoritaire. Minoritaire dans le monde, car les Européens ne représenteront plus que 7,5% de la population mondiale en 2050. Minoritaire à l’échelle de l’Union européenne élargie, car cette union n’est qu’un nain politique. Minoritaire dans votre pays, car vous devrez vous « ouvrir » aux us et coutumes de tous les peuples qui vous feront l’honneur de venir s’installer en France, si vous ne voulez pas qu’on vous accuse de « racisme » et subir les foudres de la justice. Minoritaire, il faudra que vous appreniez à baisser les yeux dans la rue.

Avec un peu de chance vous durerez ainsi au moins 80 ans, dans la solitude ou en la partageant avec un autre individu que vous aurez rencontré. Avec votre petite retraite et les quelques économies qui auront survécu aux différentes crises financières, vous traînerez votre vie inutile et sans but. Peut-être aurez-vous décidé de faire des enfants pour qu’ils profitent à leur tour de ce paradis terrestre ? Mais il faudra vous résigner à ce qu’ils n’aient pas une meilleure situation que la vôtre.

A moins que dans un suprême effort vous ne rejetiez ce système : que vous décidiez d’être des hommes et des Européens, comme vos ancêtres. Alors tout ce qui précède n’aura été qu’un mauvais souvenir ou qu’un affreux cauchemar.

Michel Geoffroy
27/09/2011

Correspondance Polémia – 30/09/2011


Michel Geoffroy

mardi 28 juin 2011

Leur morale et la nôtre : A l’origine du désaccord.

« Le protestantisme est une insurrection morale de l’individu contre l’espèce humaine ». Auguste Comte


Le christianisme européen permit jadis la préservation de l’ordre et de la paix civile sur nos terres, et ce jusqu’à ce que son unité fut brisée par Luther. La France, aussi longtemps qu’elle fut la fille aînée de l’Eglise, exerça sur le monde une véritable magistrature. En ce sens, le protestantisme quelle que soit la forme qu’il revêt, doit être perçu pour ce qu’il est : un mouvement politique qui, comme l’éphémère hérésie albigeoise, inocula le désordre civile et affaiblit la hiérarchie ecclésiastique. Ce simple constat, amena autrefois Sainte-Beuve, à percevoir dans la jacquerie huguenote « les prémices d’un républicanisme primaire et le dessein exprès de former un état dans l’Etat ». Cette vérité, magnifiquement résumée par Bainville dans son histoire de France, révèle crûment que le protestantisme, considéré ici comme parti politique, fut toujours anti-français.

Voici le principe fondamental de la vie morale : la pratique du libre examen et du subjectivisme, dit le protestant. Voici le principe essentiel de la vie morale, la réalité du tout de dieu telle que la définit Bossuet ou/et la nécessaire supériorité d’institutions traditionnelles tel que le constatent toute une génération de positivistes, d’Auguste Comte à Emile Durkheim en passant par Hyppolite Taine; donc la subordination de l’individu à la famille et à la patrie, la pratique du sacrifice et du dévouement, l’amour de l’autorité et des traditions, répondent en chœur les patriotes.

C’est sous la férule des sociétés « domestiques, religieuses et politiques », que les français, dont l’esprit a été façonné par la force de l’âge et quinze siècles d’histoire, expriment leur créativité et leur génie. A l’échelle du gouvernement national, cela suppose l’édification d’un Etat paternel et fort. Ainsi, même dans l’opposition, le patriote garde un état d’esprit gouvernemental. En clair, il reste le gardien de l’ordre et de la cohésion national.

Mais cet état de fait ne saurait convenir au citoyen protestant qui, précisément en raison de sa protestation permanente a érigé l’insurrection comme le plus sacré des devoirs, sacrifiant ainsi l’ensemble au détail, la collectivité à l’individu, l’avenir national aux caprices du présent.

Ce clivage entre esprit protestant et esprit patriote, ne saurait trouver de compromis pour la simple et bonne raison que ces concepts sont antinomiques. Soit le libre examen et le subjectivisme comme principes fondamentaux, et l’individualisme et le droit-de-l’hommisme qui en découlent ; soit l’ordre, l’autorité et la tradition. C’est en ce sens qu’il convient de saluer la formule « libéral et conservateur » comme le plus bel oxymore jamais crée.

A l’avènement du croyant auteur de sa propre foi, a logiquement succédé le règne de l’individu dont la seule conscience permettrait désormais de distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le laid du beau. La doctrine protestante, érigée en philosophie de vie, suppose ainsi le détachement de l’individu des institutions qui l’ont formé, condition sine qua non de sa liberté.

En ce sens le progrès, prôné par un individualisme toujours plus absolu, se traduit nécessairement par le désordre et la déconstruction des « corps intermédiaires » entre le citoyen et l’Etat, à commencer par la nation, « le plus vaste des cercles communautaires qui soit au temporel, solide et complet ». Détruit, dénudé et déraciné, l’homme moderne crée sa propre histoire sur des bases caractérisées par une nouveauté permanente. Il est en somme « une alouette face à un miroir », condamnée à être attirée par ce qui brille, vouée à un perpétuel changement.

C’est en tant qu’héritier de cette nouvelle éthique, libérée de toutes entraves, que Nietzsche, fils de pasteur, perçoit la morale chrétienne, comme une morale d’esclaves. De même, la rêverie jean-jacquiste doit d’abord être perçue comme le fruit vénéneux du repli individuel huguenot. Rousseau, enfant maudit de Luther et de Calvin, n’a fait que poursuivre l’œuvre de ses pères. Imprégné du code génétique protestant, fortifié par une idéologie égalitaire et universaliste, le contrat social, future bible du parti révolutionnaire, achèvera de fonder la société dite « moderne ».

A suivre…


Paul M