vendredi 4 décembre 2009

Le Petit Nicolas et l’identité nationale

C’est assez rare pour être signalé : depuis la fin du mois de septembre, un film français triomphe dans les salles de cinéma de l’hexagone. Avec près de 5 millions d’entrées en un peu plus d’un mois, le Petit Nicolas, l’adaptation cinématographique des aventures du personnage créé par Sempé et Goscinny, est un succès populaire du même ordre que Les Choristes ou Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun entre ces films récents. Tous ont montré une France éloignée de l’idéal cosmopolite actuel, que ce soit par choix esthétique (Amélie Poulain), ou par simple bon sens historique (Les Choristes et Le Petit Nicolas).

Le Petit Nicolas a des ennuis

Il n’en fallait pourtant pas plus pour que les cultureux et autres portes plumes du politiquement correct sonnent l’hallali. A l’exception notable de Libération, le pauvre petit écolier s’est fait manger tout cru par l’ensemble des journaux officiels de l’élite germanopratine. Comme les deux autres films cités précédemment, il lui a été reproché pèle mêle son « passéisme », son « manque de modernité » (sic) ou encore sa représentation d’une France bien trop éloignée de l’apocalyptique « Entre les murs », palme d’or surestimée du festival de Cannes 2008. Des grands titres tels que les Inrockuptibles ont vu dans le film de Laurent Tirard « la réclame consternante d’un mode de vie réac, niaiseux et asphyxiant ». Il faut se rappeler que dans ces mêmes colonnes le journaliste Serge Kaganski avait qualifié Amélie Poulain de film pétainiste… Le Monde estime quant à lui que « le film ressert la soupe nostalgique d’une France des 30 glorieuses et de son école exemplaire, exclusivement peuplée de gentils petits garçon blancs, vêtus de culottes courtes en flanelle, respectueux de l’autorité des professeurs (…) et qui n’imaginent même pas lancer une boule puante ». Voilà un crime de lèse multiculturalisme ! C’est à se demander pourquoi le réalisateur n’a pas troqué les culottes pour des baggys et les billes contre des cocktails Molotovs. Enfin, pour Les cahiers du cinéma, le film tient « un discours douteux ». Pour les journaux dits « de référence » des cinéphiles français – dont votre serviteur confesse faire partie – il serait donc réactionnaire et douteux de représenter la France et les Français tel qu’ils étaient à l’aube des années 1960. Pour mémoire, à la même période, Charles de Gaule les définissait comme « un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » .

Trissotins, cinéma et identité

Au-delà de la bassesse de ces critiques, c’est bien un profond décalage entre l’intelligentsia et le grand public qui se fait jour. Un bras de fer idéologique et intellectuel s’est joué sans probablement que les protagonistes ne s’en rendent compte. Qu’ont voulu nous dire ces plumitifs et autres thuriféraires de la France métissée qui prétendent parler au nom de la vox populi ? A peu près ceci : « si vous allez voir ce film, vous êtes forcement un dangereux réac’ et un xénophobe prêt à faire ressusciter la bête immonde ». Ces tentatives d’intimidation ont été superbement ignorées par les millions de spectateurs qui se sont rendus dans les salles obscures. A l’heure où un autre Nicolas propose un débat sur l’identité nationale, voilà un signal plutôt rassurant. Cela éclaire aussi l’importance du septième art dans la construction de cette identité. Les Etats-Unis l’ont compris depuis longtemps et ont toujours su mettre en scène leurs grandes épopées nationales. Souvenons nous des westerns de John Ford et reconnaissons leur rôle dans la construction du mythe américain. Le cinéma chinois a, de son côté, connu son plus gros succès récemment avec l’épopée médiévale et patriotique Les Trois Royaumes, mis en scène de manière spectaculaire par John Woo. La France reste étrangement orpheline de ces films populaires et fédérateurs. Gageons pourtant qu’une saga sur les hauts faits des chevaliers français aurait sûrement plus d’allure et de succès qu’un énième drame social sur la fermeture d’une usine de robinetterie dans le Calvados. En plébiscitant Le petit Nicolas, les Français se sont réappropriés un morceau d’histoire. Ils ont aussi montré que, inconsciemment, ils situent les origines de l’identité française plus près du baptême de Clovis que de la loi sur le regroupement familial.

Maxime Bregeon

L’urne ou le bénitier ?

Depuis plusieurs siècles, le monde occidental poursuit un long cheminement vers l’émancipation de la volonté individuelle. La Renaissance a marqué les prémices de cette évolution et a fait entrer l'homme dans l’ère de la modernité politique. Les années soixante ont vu ce processus de libération de l’autonomie s’emballer et nous sommes parvenus à ce que plusieurs auteurs appellent la « modernité tardive ». Que faut-il penser de cette accélération de l'affranchissement de la raison moralisatrice ? Peut-elle être enrayée ? Un chrétien peut-il l’accepter ou doit-il la récuser ? On peut recenser trois attitudes au sein de notre société face à la modernité. Tout d’abord, et en dépit d’un malaise croissant, beaucoup se rangent derrière cette marche vers le progrès qui prétend nous éloigner chaque jour un peu plus de l’obscurantisme moralisateur. D’autres tentent de trier entre le bon grain et l’ivraie au sein de notre monde moderne. Une minorité, enfin, veut sonner la charge devant les ravages du relativisme et balayer l’ensemble de la modernité. On serait tenté de partager l'avis de ces derniers tant l'éclatement du triptyque institutionnel – famille, école, religion – et l'individualisme excessif précipitent la perte de repères. Les avatars de la modernité auraient en effet tendance à nous faire voir les temps anciens d'un oeil particulièrement bienveillant.


Or c’est justement là où réside le problème : ces temps sont bien révolus et la dynamique de la modernité ne connaîtra pas de révolution contraire. Les tentatives avortées de restauration monarchique en témoignent. Et quand bien même ce retour serait possible, faudrait-il vraiment franchir le pas ? L’émancipation de la volonté n’est-elle pas consubstantielle à l’homme pécheur ? Autrement dit, celui-ci, marqué par le péché originel, n’est-il pas par nature conduit à s’affranchir de toute morale supérieure ? Certains voudraient restituer des institutions fondées sur la morale chrétienne. Entendons-nous. Accepté par une majorité, ce changement pourrait s’avérer salutaire à plusieurs égards pour nos sociétés en proie à des maux plus délirants les uns que les autres. Mais le modèle monarchique a cela de moins que le modèle démocratique qu’il impose ce que tout homme peut entendre par la voix de sa conscience. La morale naturelle, en effet, n’est pas l’exclusivité des croyants. Chacun en s’aidant de sa raison comme moyen (et non comme finalité) peut percevoir les bienfaits qui lui sont propres. Le principe de participation mis en avant par la doctrine sociale de l’Eglise relève de cet esprit plus respectueux de la dignité humaine. On retiendra ici l’analyse de Jacques Maritain qui, à l’inverse d’un Joseph de Maistre, croit que la modernité est née d’une progression et non d’une rupture. La vie du Christ sur terre et, par extension, le christianisme, seraient au fondement de la liberté subjective : Dieu n'a-t-il pas laissé à l'homme la liberté d'entrer en communion avec lui ? Pour Jacques Maritain, il convient donc d’abandonner « la chrétienté sacrale », c’est-à-dire le modèle médiéval articulant la religion et l’Etat, car ce régime nie la liberté voulue par Dieu. Le Concile Vatican II a quant à lui définitivement porté sur les fonts baptismaux cette liberté religieuse en 1965.


Toutefois, l’Eglise continue d’achopper aujourd’hui sur l’absence d’un droit naturel objectif et sur la quasi-omnipotence de la volonté du peuple qui permet à ce dernier de légiférer sur à peu près tout. Certes, cet immanentisme est un grand péril pour la dignité de l’homme. Les partisans de l'ordre ancien ont raison de le souligner. La morale naturelle, en assurant par exemple la défense de la famille, promeut une société aux fondements solides. En outre, cette absence de transcendance ouvre la voie à toutes sortes de dérives dont notre siècle a été le témoin. On pense bien-sûr aux totalitarismes, mais également plus proche de nous, la tendance qu'ont nos sociétés à vouloir contrôler la vie (euthanasie, eugénisme etc.).


Faut-il alors donner raison aux adversaires de la démocratie libérale ? A rebours d’un aménagement des structures politiques, Jean-Paul II nous proposait plutôt une révolution spirituelle. Il faut, d’après lui, libérer l’esprit moderne par la morale chrétienne qui l’a engendré mais dont il s’est éloigné. Le christianisme doit donc devenir le foyer d’animation de la modernité. Le Pape polonais appelait de ses vœux la constitution d’une « chrétienté profane » qui accorderait à l’Eglise toute sa place dans l’espace public et encouragerait par conséquent les chrétiens à se lancer dans une nouvelle évangélisation. Certes, c’est là un dur labeur. Mais peut-être répond-il plus à l’appel apostolique du Christ. Oui, nos démocraties libérales sont souvent dures lorsque nos propos ne passent pas sous les fourches caudines du politiquement correct. Elles frappent d’ostracisme, brocardent, discréditent. Mais au moins ne nous tuent-elles pas. Par delà des peines augurées (« Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom » Matthieu 10 21) elles nous laissent la possibilité de faire entendre notre voix. Finalement, la meilleure arme des chrétiens, ne serait-elle pas la « Splendeur de la Vérité » reconnaissable par chacun de nous et dont l’Eglise nous aide à prendre conscience ? Aujourd’hui, plus que jamais, les préceptes évangéliques apparaissent comme les remèdes aux maux de ce temps. Peut-être est-ce en ce sens que Jean-Paul II nous disait : « L’homme est la route de l’Eglise, l’Eglise est la route de l’homme ».

Joseph d'Abbadie




« La Médiocrité en étendard »


Les frères Goncourt se disaient exilés parmi leurs contemporains, je ressens la même chose au sujet des miens. Inquiétudes, colères, espoirs : rien ne nous est commun. Accrochés à leurs portables, à un autre. Spectateurs d’une vie morose, terne, ces gens ne vivent pas. Ils survivent par procuration, par peur de se retrouver seul avec eux-mêmes ; avoir à contempler le néant abyssal de nos existences est l’issue à laquelle il faut échapper. Je ne suis pas mieux qu’eux, j’ai juste le courage morbide de m’être épuré de l’accessoire, de ne pas composer avec l’absurdité, de ne pas transiger, de ne pas espérer.

Le monde occidental est un malade contagieux essayant de transmettre ses miasmes à la terre entière. A ce petit jeu il ne peut que gagner, une société toute entière tournée vers la valorisation des bas instincts humains est invincible. Porter au pinacle la noirceur qui est en chacun de nous, en faire la norme et dénoncer au nom de cette nouvelle « morale » les valeurs qui pourraient s’y opposer, voilà le projet ! Rien ne doit freiner la marche inexorable vers la consommation de masse, l’anesthésie générale, l’acceptation joyeuse de sa propre servitude. Tout sera broyé sur l’autel du dieu Progrès: nations, cultures, religions, valeurs, autant de contrepoids qui tempéraient la nature humaine et qui doivent disparaître pour ne pas entraver la libre jouissance de l’Homme. Il est aujourd’hui libre, libre de n’être rien, enferré dans une prison sans barreaux. Seul avec ses propres turpitudes sans aucune réponse ou buts il s’est fait Dieu avec le discernement d’un chiot.
Mais « la nature à horreur du vide », alors l’Homme se remplit, et pour ce faire il consomme des biens matériels espérant ainsi s’affirmer : fringues à la mode, mode changeant sans cesse, gadgets High Tech évoluant sans cesse ; à renouveler sans cesse…

Il consomme les êtres de la même façon qu’il consomme les objets. Le désir larmoyant d’avoir un enfant, un enfant à tout prix, quitte à parcourir le monde pour trouver la perle rare, le petit cambodgien, la petite brésilienne qui le fera craquer, soif d’exotisme jamais rassasiée. Pour les autres la DDASS est là. Mais il se peut qu’il ne veuille pas d’enfant, pas déjà, pas encore, tout va bien l’avortement est là.
Il consomme des « people » ces veaux d’or éphémères, VRP suscitant place de cinéma, concert, ou pages de magazines.
Il consomme des partenaires, addition d’amours sans lendemain ; divorces et remariages frénétiques. La famille traditionnelle éclatée n’est plus qu’une multiplication de solitudes : deux télés, deux voitures, deux loyers… Le compte est bon.

Et si tout cela ne suffit pas il s’adonne aux hobbies compassionnels, la charité forcée. Il devient écolo et culpabilise ceux qui ne le sont pas car c’est une cause qui concerne vraiment tout le monde. Le prolétaire roulant en 205 polluante devra se faire une raison, rouler propre ça a un coût. Il faudra aussi acheter des ampoules basses consommation hors de prix, de toute façon on ne trouve plus que ça dans le commerce. Après tout ça, il faudra encore faire le tri sélectif, la Chine, les USA peuvent rejeter des tonnes de CO2 dans l’atmosphère, Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand peuvent eux se déplacer en hélicoptère, mais en séparant le verre du carton on pense changer le monde, ça occupe, on se croit important.
On peut aussi venir en aide aux étrangers, inciter au déracinement d’individus qui finiront commis dans une arrière-cuisine de gargote malsaine : voilà l’El dorado. Disposer d’une réserve de personnel corvéable à merci, sans minima sociaux, l’idéal des patrons et des militants du RESF est identique.
Dans ces « combats », une constante : l’absence du véritable don de soi. S’acheter une conscience quitte à être l’idiot utile du système.

Ce triste constat sur l’homme moderne occidental, me rappelle les mots de Louis Pauwels, au sujet de la génération 68 : « Rien ne leur paraît meilleur que n’être rien, mais tous ensembles, pour n’aller nulle part ». Cette absence de véritables valeurs fédératrices, ce néant dans lequel nous naviguons semble avoir été décrit par Huxley quand il écrivait, dans son roman visionnaire Le meilleur des mondes : « Là ou il y a des guerres là ou il y a des serments de fidélités multiples et divisés, là ou il y a des tentations auxquelles on doit résister, des objets d’amour pour lesquels il faut combattre ou qu’il faut défendre, là, manifestement la noblesse et l’héroïsme ont un sens. Mais il n’y a pas de guerre de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d’aimer exagérément qui que ce soit. Il n’y a rien qui ressemble à un serment de fidélité multiple ; vous êtes conditionné de telle sorte que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire ce que vous avez à faire. Et ce que vous avez à faire est, dans l’ensemble, si agréable, on laisse leur libre jeu à un si grand nombre de vos impulsions naturelles, qu’il n’y a véritablement pas de tentations auxquelles il faille résister ».

Mais alors pourquoi une telle déshérence de l’âme, une telle perte du sacré ? Cette absence de valeurs nobles, celles qui élèvent l’homme, est consécutive de l’émergence, en Occident, de la société bourgeoise, société qui pour Renan ne pouvait aboutir qu’à la médiocrité, à la subordination de tous et tout à l’argent, à un désordre permanent. Karl Marx ne dit pas autre chose quand il écrit : « Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales, et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, ne laissant subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt ». Et nous sommes, en effet, entrés de plein pied dans cette société aseptisée et morne où les seuls buts sont l’acquisition du profit immédiat ou la satisfaction de nos moindres désirs. Somme-nous pour autant heureux ? Je ne le crois pas. Certains grands esprits ont constaté cette faillite de l’Homme dans nos sociétés modernes. Saint Exupéry, déjà, résumait à merveille ce vide : « l’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissés libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! ». Pour lui une solution s’impose : « Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles […] on ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés […] on ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour ».


Que faire ?

Flannigan

Suicide au bout du fil


Jeudi 15 octobre 2009, un ingénieur de 48 ans se donne la mort. Ce nouveau drame porte à 25 le nombre de suicides en près de deux ans à France Télécom. «Le personnel est toujours en danger, c'est intolérable et inacceptable», soulignent les syndicats. En dépit de la mise en place d'un numéro d'appel avec des psychologues extérieurs, de l'ouverture de négociations sur le stress ou encore du gel des restructurations, le climat social reste particulièrement tendu au sein de l’entreprise. Les actions envisagées par les syndicats sont claires : « Etant donné l’incapacité de Didier Lombard à proposer un projet industriel viable, nous exigeons sa démission » souligne Stéphane Crozier (délégué CFE-CGC Unsa). L’actuel président de France Télécom a beau aller à confesse en reconnaissant avoir sous-estimé un certain nombre de « paramètres humains » et dénoncer « une course à la performance », il semble être devenu le nouveau fusible politico-médiatique d’une société à la recherche de boucs émissaires. On comprend bien la stratégie : tirer à vue sur le président de la plus grande entreprise française de téléphonie mobile, c’est dénoncer l’injustice du « nouvel horizon indépassable de notre temps » : une concurrence libre, non faussée et mondialisée préconisée par la Commission de Bruxelles et entérinée conjointement par la gauche et la droite depuis plus de 20 ans au Parlement européen. Le mal dont souffre France Télécom est en effet emblématique de l’évolution d’une société jetée brutalement dans les bras de la mondialisation libérale et de son cheval de Troie : L’Union européenne. Revenons sur les faits : en juin 1993, la Commission européenne fixe au 1er janvier 1998 l'ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence. La loi Fillon de juin 1996 abolit le monopole de France Télécom, mais l'ouverture du capital de l'opérateur historique est retardée par la dissolution présidentielle de 1997. Lionel Jospin, chantre du service public durant la campagne électorale doit faire face aux objurgations de Bruxelles et finit par autoriser la mise en bourse de 20,9 % du capital de France Télécom. « On est passé d’une entreprise de service public à une machine à faire du cash » soulignait autrefois Michel Bon, ancien PDG de France Télécom. L’entreprise est en effet victime de son adaptation à une société moderne, sans frontières dont nos bien pensants se gargarisent en permanence. Les socialistes sautent comme des cabris en criant « social-démocratie, social-démocratie », mais ne parviennent pas à se rabibocher avec des salariés nostalgiques d’un modèle étatiste et égalitaire dont ils étaient jadis les anges gardiens, menace du communisme oblige.

L’expérience socialiste russe ayant échoué, l’ultra-libéralisme s’est substitué aux vieilles recettes keynésiennes. Aux trente glorieuses succédèrent les « trente honteuses » d’un néo capitalisme qui, désormais seul en place phagocyte tout sur son passage. Tout ce qui résiste à l’atomisation généralisée doit disparaître. Déliquescence du modèle républicain et de ses instruments d’intégration, mais aussi des sociétés domestiques, religieuses et politiques (famille, religion, nation) c’est-à-dire des forces intégratrices et enracinantes qui préservaient l’individu du « suicide égoïste » au sens où l’entendait Emile Durkheim. Le marché est une centrifugeuse qui broie tout sur son passage : structures traditionnelles, modes de vie, valeurs et personnes.

« Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales, et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, ne laissant subsister d'autre lien entre l’homme et l’homme que le froid intérêt ». (Karl Marx)


Paul M