vendredi 4 décembre 2009

Le Petit Nicolas et l’identité nationale

C’est assez rare pour être signalé : depuis la fin du mois de septembre, un film français triomphe dans les salles de cinéma de l’hexagone. Avec près de 5 millions d’entrées en un peu plus d’un mois, le Petit Nicolas, l’adaptation cinématographique des aventures du personnage créé par Sempé et Goscinny, est un succès populaire du même ordre que Les Choristes ou Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun entre ces films récents. Tous ont montré une France éloignée de l’idéal cosmopolite actuel, que ce soit par choix esthétique (Amélie Poulain), ou par simple bon sens historique (Les Choristes et Le Petit Nicolas).

Le Petit Nicolas a des ennuis

Il n’en fallait pourtant pas plus pour que les cultureux et autres portes plumes du politiquement correct sonnent l’hallali. A l’exception notable de Libération, le pauvre petit écolier s’est fait manger tout cru par l’ensemble des journaux officiels de l’élite germanopratine. Comme les deux autres films cités précédemment, il lui a été reproché pèle mêle son « passéisme », son « manque de modernité » (sic) ou encore sa représentation d’une France bien trop éloignée de l’apocalyptique « Entre les murs », palme d’or surestimée du festival de Cannes 2008. Des grands titres tels que les Inrockuptibles ont vu dans le film de Laurent Tirard « la réclame consternante d’un mode de vie réac, niaiseux et asphyxiant ». Il faut se rappeler que dans ces mêmes colonnes le journaliste Serge Kaganski avait qualifié Amélie Poulain de film pétainiste… Le Monde estime quant à lui que « le film ressert la soupe nostalgique d’une France des 30 glorieuses et de son école exemplaire, exclusivement peuplée de gentils petits garçon blancs, vêtus de culottes courtes en flanelle, respectueux de l’autorité des professeurs (…) et qui n’imaginent même pas lancer une boule puante ». Voilà un crime de lèse multiculturalisme ! C’est à se demander pourquoi le réalisateur n’a pas troqué les culottes pour des baggys et les billes contre des cocktails Molotovs. Enfin, pour Les cahiers du cinéma, le film tient « un discours douteux ». Pour les journaux dits « de référence » des cinéphiles français – dont votre serviteur confesse faire partie – il serait donc réactionnaire et douteux de représenter la France et les Français tel qu’ils étaient à l’aube des années 1960. Pour mémoire, à la même période, Charles de Gaule les définissait comme « un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » .

Trissotins, cinéma et identité

Au-delà de la bassesse de ces critiques, c’est bien un profond décalage entre l’intelligentsia et le grand public qui se fait jour. Un bras de fer idéologique et intellectuel s’est joué sans probablement que les protagonistes ne s’en rendent compte. Qu’ont voulu nous dire ces plumitifs et autres thuriféraires de la France métissée qui prétendent parler au nom de la vox populi ? A peu près ceci : « si vous allez voir ce film, vous êtes forcement un dangereux réac’ et un xénophobe prêt à faire ressusciter la bête immonde ». Ces tentatives d’intimidation ont été superbement ignorées par les millions de spectateurs qui se sont rendus dans les salles obscures. A l’heure où un autre Nicolas propose un débat sur l’identité nationale, voilà un signal plutôt rassurant. Cela éclaire aussi l’importance du septième art dans la construction de cette identité. Les Etats-Unis l’ont compris depuis longtemps et ont toujours su mettre en scène leurs grandes épopées nationales. Souvenons nous des westerns de John Ford et reconnaissons leur rôle dans la construction du mythe américain. Le cinéma chinois a, de son côté, connu son plus gros succès récemment avec l’épopée médiévale et patriotique Les Trois Royaumes, mis en scène de manière spectaculaire par John Woo. La France reste étrangement orpheline de ces films populaires et fédérateurs. Gageons pourtant qu’une saga sur les hauts faits des chevaliers français aurait sûrement plus d’allure et de succès qu’un énième drame social sur la fermeture d’une usine de robinetterie dans le Calvados. En plébiscitant Le petit Nicolas, les Français se sont réappropriés un morceau d’histoire. Ils ont aussi montré que, inconsciemment, ils situent les origines de l’identité française plus près du baptême de Clovis que de la loi sur le regroupement familial.

Maxime Bregeon

L’urne ou le bénitier ?

Depuis plusieurs siècles, le monde occidental poursuit un long cheminement vers l’émancipation de la volonté individuelle. La Renaissance a marqué les prémices de cette évolution et a fait entrer l'homme dans l’ère de la modernité politique. Les années soixante ont vu ce processus de libération de l’autonomie s’emballer et nous sommes parvenus à ce que plusieurs auteurs appellent la « modernité tardive ». Que faut-il penser de cette accélération de l'affranchissement de la raison moralisatrice ? Peut-elle être enrayée ? Un chrétien peut-il l’accepter ou doit-il la récuser ? On peut recenser trois attitudes au sein de notre société face à la modernité. Tout d’abord, et en dépit d’un malaise croissant, beaucoup se rangent derrière cette marche vers le progrès qui prétend nous éloigner chaque jour un peu plus de l’obscurantisme moralisateur. D’autres tentent de trier entre le bon grain et l’ivraie au sein de notre monde moderne. Une minorité, enfin, veut sonner la charge devant les ravages du relativisme et balayer l’ensemble de la modernité. On serait tenté de partager l'avis de ces derniers tant l'éclatement du triptyque institutionnel – famille, école, religion – et l'individualisme excessif précipitent la perte de repères. Les avatars de la modernité auraient en effet tendance à nous faire voir les temps anciens d'un oeil particulièrement bienveillant.


Or c’est justement là où réside le problème : ces temps sont bien révolus et la dynamique de la modernité ne connaîtra pas de révolution contraire. Les tentatives avortées de restauration monarchique en témoignent. Et quand bien même ce retour serait possible, faudrait-il vraiment franchir le pas ? L’émancipation de la volonté n’est-elle pas consubstantielle à l’homme pécheur ? Autrement dit, celui-ci, marqué par le péché originel, n’est-il pas par nature conduit à s’affranchir de toute morale supérieure ? Certains voudraient restituer des institutions fondées sur la morale chrétienne. Entendons-nous. Accepté par une majorité, ce changement pourrait s’avérer salutaire à plusieurs égards pour nos sociétés en proie à des maux plus délirants les uns que les autres. Mais le modèle monarchique a cela de moins que le modèle démocratique qu’il impose ce que tout homme peut entendre par la voix de sa conscience. La morale naturelle, en effet, n’est pas l’exclusivité des croyants. Chacun en s’aidant de sa raison comme moyen (et non comme finalité) peut percevoir les bienfaits qui lui sont propres. Le principe de participation mis en avant par la doctrine sociale de l’Eglise relève de cet esprit plus respectueux de la dignité humaine. On retiendra ici l’analyse de Jacques Maritain qui, à l’inverse d’un Joseph de Maistre, croit que la modernité est née d’une progression et non d’une rupture. La vie du Christ sur terre et, par extension, le christianisme, seraient au fondement de la liberté subjective : Dieu n'a-t-il pas laissé à l'homme la liberté d'entrer en communion avec lui ? Pour Jacques Maritain, il convient donc d’abandonner « la chrétienté sacrale », c’est-à-dire le modèle médiéval articulant la religion et l’Etat, car ce régime nie la liberté voulue par Dieu. Le Concile Vatican II a quant à lui définitivement porté sur les fonts baptismaux cette liberté religieuse en 1965.


Toutefois, l’Eglise continue d’achopper aujourd’hui sur l’absence d’un droit naturel objectif et sur la quasi-omnipotence de la volonté du peuple qui permet à ce dernier de légiférer sur à peu près tout. Certes, cet immanentisme est un grand péril pour la dignité de l’homme. Les partisans de l'ordre ancien ont raison de le souligner. La morale naturelle, en assurant par exemple la défense de la famille, promeut une société aux fondements solides. En outre, cette absence de transcendance ouvre la voie à toutes sortes de dérives dont notre siècle a été le témoin. On pense bien-sûr aux totalitarismes, mais également plus proche de nous, la tendance qu'ont nos sociétés à vouloir contrôler la vie (euthanasie, eugénisme etc.).


Faut-il alors donner raison aux adversaires de la démocratie libérale ? A rebours d’un aménagement des structures politiques, Jean-Paul II nous proposait plutôt une révolution spirituelle. Il faut, d’après lui, libérer l’esprit moderne par la morale chrétienne qui l’a engendré mais dont il s’est éloigné. Le christianisme doit donc devenir le foyer d’animation de la modernité. Le Pape polonais appelait de ses vœux la constitution d’une « chrétienté profane » qui accorderait à l’Eglise toute sa place dans l’espace public et encouragerait par conséquent les chrétiens à se lancer dans une nouvelle évangélisation. Certes, c’est là un dur labeur. Mais peut-être répond-il plus à l’appel apostolique du Christ. Oui, nos démocraties libérales sont souvent dures lorsque nos propos ne passent pas sous les fourches caudines du politiquement correct. Elles frappent d’ostracisme, brocardent, discréditent. Mais au moins ne nous tuent-elles pas. Par delà des peines augurées (« Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom » Matthieu 10 21) elles nous laissent la possibilité de faire entendre notre voix. Finalement, la meilleure arme des chrétiens, ne serait-elle pas la « Splendeur de la Vérité » reconnaissable par chacun de nous et dont l’Eglise nous aide à prendre conscience ? Aujourd’hui, plus que jamais, les préceptes évangéliques apparaissent comme les remèdes aux maux de ce temps. Peut-être est-ce en ce sens que Jean-Paul II nous disait : « L’homme est la route de l’Eglise, l’Eglise est la route de l’homme ».

Joseph d'Abbadie




« La Médiocrité en étendard »


Les frères Goncourt se disaient exilés parmi leurs contemporains, je ressens la même chose au sujet des miens. Inquiétudes, colères, espoirs : rien ne nous est commun. Accrochés à leurs portables, à un autre. Spectateurs d’une vie morose, terne, ces gens ne vivent pas. Ils survivent par procuration, par peur de se retrouver seul avec eux-mêmes ; avoir à contempler le néant abyssal de nos existences est l’issue à laquelle il faut échapper. Je ne suis pas mieux qu’eux, j’ai juste le courage morbide de m’être épuré de l’accessoire, de ne pas composer avec l’absurdité, de ne pas transiger, de ne pas espérer.

Le monde occidental est un malade contagieux essayant de transmettre ses miasmes à la terre entière. A ce petit jeu il ne peut que gagner, une société toute entière tournée vers la valorisation des bas instincts humains est invincible. Porter au pinacle la noirceur qui est en chacun de nous, en faire la norme et dénoncer au nom de cette nouvelle « morale » les valeurs qui pourraient s’y opposer, voilà le projet ! Rien ne doit freiner la marche inexorable vers la consommation de masse, l’anesthésie générale, l’acceptation joyeuse de sa propre servitude. Tout sera broyé sur l’autel du dieu Progrès: nations, cultures, religions, valeurs, autant de contrepoids qui tempéraient la nature humaine et qui doivent disparaître pour ne pas entraver la libre jouissance de l’Homme. Il est aujourd’hui libre, libre de n’être rien, enferré dans une prison sans barreaux. Seul avec ses propres turpitudes sans aucune réponse ou buts il s’est fait Dieu avec le discernement d’un chiot.
Mais « la nature à horreur du vide », alors l’Homme se remplit, et pour ce faire il consomme des biens matériels espérant ainsi s’affirmer : fringues à la mode, mode changeant sans cesse, gadgets High Tech évoluant sans cesse ; à renouveler sans cesse…

Il consomme les êtres de la même façon qu’il consomme les objets. Le désir larmoyant d’avoir un enfant, un enfant à tout prix, quitte à parcourir le monde pour trouver la perle rare, le petit cambodgien, la petite brésilienne qui le fera craquer, soif d’exotisme jamais rassasiée. Pour les autres la DDASS est là. Mais il se peut qu’il ne veuille pas d’enfant, pas déjà, pas encore, tout va bien l’avortement est là.
Il consomme des « people » ces veaux d’or éphémères, VRP suscitant place de cinéma, concert, ou pages de magazines.
Il consomme des partenaires, addition d’amours sans lendemain ; divorces et remariages frénétiques. La famille traditionnelle éclatée n’est plus qu’une multiplication de solitudes : deux télés, deux voitures, deux loyers… Le compte est bon.

Et si tout cela ne suffit pas il s’adonne aux hobbies compassionnels, la charité forcée. Il devient écolo et culpabilise ceux qui ne le sont pas car c’est une cause qui concerne vraiment tout le monde. Le prolétaire roulant en 205 polluante devra se faire une raison, rouler propre ça a un coût. Il faudra aussi acheter des ampoules basses consommation hors de prix, de toute façon on ne trouve plus que ça dans le commerce. Après tout ça, il faudra encore faire le tri sélectif, la Chine, les USA peuvent rejeter des tonnes de CO2 dans l’atmosphère, Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand peuvent eux se déplacer en hélicoptère, mais en séparant le verre du carton on pense changer le monde, ça occupe, on se croit important.
On peut aussi venir en aide aux étrangers, inciter au déracinement d’individus qui finiront commis dans une arrière-cuisine de gargote malsaine : voilà l’El dorado. Disposer d’une réserve de personnel corvéable à merci, sans minima sociaux, l’idéal des patrons et des militants du RESF est identique.
Dans ces « combats », une constante : l’absence du véritable don de soi. S’acheter une conscience quitte à être l’idiot utile du système.

Ce triste constat sur l’homme moderne occidental, me rappelle les mots de Louis Pauwels, au sujet de la génération 68 : « Rien ne leur paraît meilleur que n’être rien, mais tous ensembles, pour n’aller nulle part ». Cette absence de véritables valeurs fédératrices, ce néant dans lequel nous naviguons semble avoir été décrit par Huxley quand il écrivait, dans son roman visionnaire Le meilleur des mondes : « Là ou il y a des guerres là ou il y a des serments de fidélités multiples et divisés, là ou il y a des tentations auxquelles on doit résister, des objets d’amour pour lesquels il faut combattre ou qu’il faut défendre, là, manifestement la noblesse et l’héroïsme ont un sens. Mais il n’y a pas de guerre de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d’aimer exagérément qui que ce soit. Il n’y a rien qui ressemble à un serment de fidélité multiple ; vous êtes conditionné de telle sorte que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire ce que vous avez à faire. Et ce que vous avez à faire est, dans l’ensemble, si agréable, on laisse leur libre jeu à un si grand nombre de vos impulsions naturelles, qu’il n’y a véritablement pas de tentations auxquelles il faille résister ».

Mais alors pourquoi une telle déshérence de l’âme, une telle perte du sacré ? Cette absence de valeurs nobles, celles qui élèvent l’homme, est consécutive de l’émergence, en Occident, de la société bourgeoise, société qui pour Renan ne pouvait aboutir qu’à la médiocrité, à la subordination de tous et tout à l’argent, à un désordre permanent. Karl Marx ne dit pas autre chose quand il écrit : « Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales, et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, ne laissant subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt ». Et nous sommes, en effet, entrés de plein pied dans cette société aseptisée et morne où les seuls buts sont l’acquisition du profit immédiat ou la satisfaction de nos moindres désirs. Somme-nous pour autant heureux ? Je ne le crois pas. Certains grands esprits ont constaté cette faillite de l’Homme dans nos sociétés modernes. Saint Exupéry, déjà, résumait à merveille ce vide : « l’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissés libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! ». Pour lui une solution s’impose : « Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles […] on ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés […] on ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour ».


Que faire ?

Flannigan

Suicide au bout du fil


Jeudi 15 octobre 2009, un ingénieur de 48 ans se donne la mort. Ce nouveau drame porte à 25 le nombre de suicides en près de deux ans à France Télécom. «Le personnel est toujours en danger, c'est intolérable et inacceptable», soulignent les syndicats. En dépit de la mise en place d'un numéro d'appel avec des psychologues extérieurs, de l'ouverture de négociations sur le stress ou encore du gel des restructurations, le climat social reste particulièrement tendu au sein de l’entreprise. Les actions envisagées par les syndicats sont claires : « Etant donné l’incapacité de Didier Lombard à proposer un projet industriel viable, nous exigeons sa démission » souligne Stéphane Crozier (délégué CFE-CGC Unsa). L’actuel président de France Télécom a beau aller à confesse en reconnaissant avoir sous-estimé un certain nombre de « paramètres humains » et dénoncer « une course à la performance », il semble être devenu le nouveau fusible politico-médiatique d’une société à la recherche de boucs émissaires. On comprend bien la stratégie : tirer à vue sur le président de la plus grande entreprise française de téléphonie mobile, c’est dénoncer l’injustice du « nouvel horizon indépassable de notre temps » : une concurrence libre, non faussée et mondialisée préconisée par la Commission de Bruxelles et entérinée conjointement par la gauche et la droite depuis plus de 20 ans au Parlement européen. Le mal dont souffre France Télécom est en effet emblématique de l’évolution d’une société jetée brutalement dans les bras de la mondialisation libérale et de son cheval de Troie : L’Union européenne. Revenons sur les faits : en juin 1993, la Commission européenne fixe au 1er janvier 1998 l'ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence. La loi Fillon de juin 1996 abolit le monopole de France Télécom, mais l'ouverture du capital de l'opérateur historique est retardée par la dissolution présidentielle de 1997. Lionel Jospin, chantre du service public durant la campagne électorale doit faire face aux objurgations de Bruxelles et finit par autoriser la mise en bourse de 20,9 % du capital de France Télécom. « On est passé d’une entreprise de service public à une machine à faire du cash » soulignait autrefois Michel Bon, ancien PDG de France Télécom. L’entreprise est en effet victime de son adaptation à une société moderne, sans frontières dont nos bien pensants se gargarisent en permanence. Les socialistes sautent comme des cabris en criant « social-démocratie, social-démocratie », mais ne parviennent pas à se rabibocher avec des salariés nostalgiques d’un modèle étatiste et égalitaire dont ils étaient jadis les anges gardiens, menace du communisme oblige.

L’expérience socialiste russe ayant échoué, l’ultra-libéralisme s’est substitué aux vieilles recettes keynésiennes. Aux trente glorieuses succédèrent les « trente honteuses » d’un néo capitalisme qui, désormais seul en place phagocyte tout sur son passage. Tout ce qui résiste à l’atomisation généralisée doit disparaître. Déliquescence du modèle républicain et de ses instruments d’intégration, mais aussi des sociétés domestiques, religieuses et politiques (famille, religion, nation) c’est-à-dire des forces intégratrices et enracinantes qui préservaient l’individu du « suicide égoïste » au sens où l’entendait Emile Durkheim. Le marché est une centrifugeuse qui broie tout sur son passage : structures traditionnelles, modes de vie, valeurs et personnes.

« Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales, et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, ne laissant subsister d'autre lien entre l’homme et l’homme que le froid intérêt ». (Karl Marx)


Paul M

vendredi 20 novembre 2009

Marie Ndiaye prend les gens pour des cons

Il est de notoriété publique que les membres de l’Académie Goncourt priment chaque année un livre, non pas parce qu’il serait «bon», mais en fonction de considérations financières ou de vanité éditoriale, ce qui explique qu’en un peu plus d’un siècle, n’aient été primés que des navets, qui sont, ironie de la chose, à l’image de ces académiciens.

Certes, les navets se vendent bien. Mais alors pourquoi ne pas laisser aux représentants des organisations de maraîchers le soin de choisir le plus beau navet ? Ils feraient un meilleur choix que les dix de chez Drouant. Le seul intérêt que la littérature retire de ces mômeries, et qui n’est pas mince, est que l’argent des navets sert à éditer des écrivains qui ne font pas dans la tératologie navetière.

Si l’auteur de ces lignes a dépensé 19€ pour acheter les 317 pages du dernier gros navet primé, Trois Femmes puissantes, titre qui en dit long sur le chaudron où a bouilli la soupe, c’est à cause de l’auteur ou, puisqu’il faut écrire ce nom en orthographe bien-pensante, l’auteure.
Cette écrivaine juge la France monstrueuse, ce qui est son droit le plus strict. Ce n’est pas ce jugement-là qu’on lui chipotera, encore que, si M. Sarkozy, enfant d’immigré de la première génération, avait été noir et que ses comparses Besson et Hortefeux l’eussent été aussi, le pays qu’ils gouvernent provisoirement n’aurait pas été rangé dans la même case tératologique que l’Ouganda à Amin Dada, l’Algérie au FLN, la Guinée équatoriale à Macias, le Maroc à Hassan el Thani, le Zaïre à Mobutu, la Guinée à Touré, etc., mais il aurait été l’Utopie réalisée, le royaume des fées, le pays des anges et des séraphins ou l’URSS des communistes ou l’Allemagne nazie des collabos. Si la France est monstrueuse, c’est à cause de la façon inhumaine dont elle traiterait les immigrés, lesquels, comme Mme Ndiaye le répète à tous les vents du monde, sont mis à mort dans des chambres à gaz, tout près de Berlin, évidemment, là où elle réside désormais.

Le Sénégal, pays dont Mme Ndiaye est peut-être encore ressortissante par jus sanguinis, au tout début des années 1990, du temps du socialo Abdou Diouf, a réglé les difficultés que ses immigrés mauritaniens lui causaient aux ratonnades de masse et aux bons vieux pogroms, qui ont fait plusieurs dizaines (centaines ?) de morts.
Je ne sache pas que Mme Ndiaye ait jugé cela monstrueux ou qu’elle tienne le pays de ses ancêtres pour un agrégat de monstres.
À la décharge des Sénégalais ratonneurs, il faut dire que les Mauritaniens avaient agi de la même manière avec leurs immigrés sénégalais. Que Mme Ndiaye préfère fricoter à Berlin avec les fils et petits-fils de SS ou avec les dignitaires de la Stasi, plutôt qu’avec les Français, libre à elle, la capitale du Troisième Reich est mieux à même de satisfaire les curiosités d’une tératologue que Paris, Londres ou que New York.

Une écrivaine de cette envergure doit être au moins l’égale de Mme de Sévigné ou de Mme de Lafayette ou même la meuf à Dieu soi-même pour s’autoriser des jugements aussi péremptoires. Lisons ceci : «Et celui qui l’accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n’avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu’elle semblait impérissable». C’est la première phrase des trois nouvelles réunies en un «roman». La conjonction de coordination «et», placée au début du roman, est censée coordonner, elle ne coordonne rien. Elle est retournée ou subvertie, mise cul par-dessus tête. Cela a dû paraître aux grands vieillards et vieillardes de chez Drouant du dernier chic ou comme le comble de l’audace grammaticale. C’était moderne ou audacieux chez Flaubert ou chez Joyce ou chez Faulkner, il y a un siècle ou un siècle et demi. Aujourd’hui, répété par des centaines d’écrivains et d’écrivaines, d’auteurs et d’auteures, de scripteurs et de scripteuses, de goncoureurs et de goncoureuses, c’est du psittacisme.
Le premier qui a comparé la femme à une rose ou l’amour à une flamme était un poète; le millième ou le dix-millième est un imbécile. La modernité de ces Trois Femmes puissantes, bien terne, pâle, palichonne, faiblarde, sent le moisi, le renfermé, le rance. Ce n’est pas, comme chez Balzac, de l’odeur de pension, mais du remugle de pensionnat de jeunes filles. Le vocabulaire est de la même eau stagnante. Lisons ceci (début du troisième paragraphe) : «Il était là, nimbé de brillance froide, tombé sans doute sur le seuil de sa maison arrogante depuis la branche de quelque flamboyant dont le jardin était planté». «Il», c’est le père polygame et assassin. Laissons de côté l’inévitable nimbé qui fait joli, l’hypallage convenue (maison arrogante), la métaphore par synesthésie (brillance froide) recensée comme procédé de style depuis deux siècles, l’impossibilité physique de tomber de la branche d’un arbre sur le seuil de la maison (à quelques mètres devant la maison sans doute) et attardons-nous sur brillance.
Voilà un mot qui en jette, surtout dans les salons de coiffure pour dames et dans les usines de fabrication de ces saloperies chimiques que sont les laques. La tératologue a-t-elle suivi une prépa lettres, comme le laisse supposer son «et» initial, digne d’un mauvais Flaubert, ou une formation de coiffeuse, comme le suggère brillance ? Peu importe. Le fait est que, nourrie dans le sérail tératologique, elle en connaît les tours, détours, contours et tout le bonneteau. Ainsi elle ramasse les subjonctifs imparfaits et plus-que-parfaits à la pelle. Un politicien déplaisant et provocateur était étiqueté fasciste parce qu’il employait deux ou trois subjonctifs imparfaits ou plus-que-parfaits au cours d’une émission télévisée de deux heures. Pour lui, c’était des signaux de distinction; pour ses ennemis, des pets sonores. Chez Mme Ndiaye, le débit est de l’ordre de deux ou trois subjonctifs imparfaits ou plus-que-parfaits à la page, autant que le politicien infréquentable en deux heures. Mais, pour l’Académie Goncourt, les pets sonores sont des élégances. Ce qui est horreur hors de chez Drouant est beauté dans ce restaurant chic et cher.
Avec Mme Ndiaye, le roman n’est pas près de dévoiler le réel, ni d’ailleurs de faire quelque critique que ce soit de quoi que ce soit. On baigne dans l’assentiment. On est dans le royaume des bénis oui-oui. On se pâme en entendant la belle chanson : «Vous digèrerez bien, braves gens, après avoir lu ces Trois femmes puissantes». La première des trois histoires vaut son pesant de cacahouètes. Une avocate parisienne (elle a près de 40 ans), Africaine de France, revient au pays, à la demande de son père polygame, qui déteste les femmes et n’a eu que du mépris pour ses filles, qu’il a abandonnées, elles et leur mère française. Ce vieil homme, en plus d’être un père indigne, est un tyran stupide. Non seulement il a assassiné sa dernière et jeune épouse, mais il a exigé de son fils, qui a obtempéré, qu’il se dénonce comme l’assassin de sa belle-mère. Et l’avocate parisienne finit sa vie allongée sur les grosses branches d’un flamboyant, à côté de son père, qui devient un grand oiseau. Ce conte pour bonnes femmes est à mourir de rire. Il faut vraiment que la romancière croie que les Africains et les Africaines sont des moins que rien pour écrire des sornettes pareilles. Pour M. Sarkozy, les Africains ne sont pas encore entrés dans l’Histoire; pour Mme Ndiaye, ils ne sont même pas descendus du flamboyant. Qui des deux est le plus monstrueux ? Il faut aussi qu’elle tienne les Françaises pour des demeurées pour leur raconter des histoires aussi bêtes. Le gauchisme ne finit pas dans les tératologies, mais dans les collections Harlequin. On est en droit de se demander si les académiciens Goncourt ont lu ce roman. Ils sont tous très vieux et très vieilles, très égrotants et égrotantes, sans doute gâteux et gâteuses. Ou bien, ils ne comprennent rien à ce qu’ils lisent et ils en sont restés à Nau ou à Frapié. Ou bien, ils n’ont pas lu ce roman, l’attribuant à Gallimard, parce que c’était, en 2009, au tour de cet éditeur d’être primé.

Paru sur le site Marianne 2 le jeudi 19 novembre 2009

samedi 31 octobre 2009

Liberté, égalité, «identité»

La ficelle tactique est épaisse comme une corde de marin. Quand Eric Besson annonce un grand débat sur « l’identité nationale », on se souvient de la présidentielle de 2007 ; on imagine les mauvais sondages consécutifs à la « séquence » Polanski-Mitterrand-Jean Sarkozy ; on devine les brillantes analyses du conseiller de l’Elysée Patrick Buisson sur la coupure avec l’électorat populaire. La gauche joue parfaitement le rôle qui lui est assigné ; Vincent Peillon explique que la «burqa ne menace pas l’identité nationale» ; Besson connaît par cœur ses anciens camarades.
Cette question mérite pourtant autre chose que le cynisme électoraliste. Besson parle de «valeurs de l’identité nationale» ; la gauche ne connaît que celles de la République. Et la France dans tout cela ? Besson affirme qu’il conduit la même politique migratoire que les ministres de l’Intérieur de Jospin. Qui avait amené Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 ! Il expulse trois Afghans et se réjouit des 100 000 naturalisations par an. Comme chaque année depuis vingt ans. A l’UMP comme au PS, on vante les mérites de la « diversité ».
Ce concept sémantique est le fils du « droit à la différence » des années 80, et le frère idéologique des « accommodements raisonnables » qui, venus du Canada en passant par le traité européen de Lisbonne, nous contraignent à conclure des « compromis » avec la culture des migrants. L’antithèse de notre bonne vieille assimilation qui imposa la culture française, sa langue, son histoire, son mode de vie, aux vagues passées d’immigrants. Mais que nos élites, de droite comme de gauche, hantées par la culpabilité coloniale, fascinées par le modèle multiculturel anglo-saxon, séduites par le dépassement de la nation dans l’Europe, habitées par le mépris pour la plèbe, le « beauf », et talonnées par le capitalisme mondialisé qui a besoin de main-d’œuvre bon marché et de consommateurs « benettonisés », ont jeté aux orties depuis belle lurette.

Zemmour paru dans le Figaro le 31 octobre 2009


jeudi 29 octobre 2009

Qu’est-ce qu’être français ?

Article tiré de Polemia.com

Nicolas Sarkozy s’est fait élire président de la République sur le thème de « l’identité nationale ». A quelques mois des élections régionales de 2010, il remet le sujet sur le devant de l’actualité et charge Eric Besson d’organiser un « débat national sur l’identité nationale ».

Or dès l’origine du débat, Eric Besson définit son objectif final en rappelant la « commande » qu’il a reçue du président de la République pour lequel : « notre nation est métissée. L’immigration constitue une source d’enrichissement permanent de notre identité nationale ». Et Eric Besson de rappeler : « On a un président de la République qui a dit : “Je suis un homme de sang mêlé à la tête d’une nation métissée”. »

Lancer ainsi un débat sur l’identité nationale c’est une imposture : « Etre français » ne se réinvente pas tous les jours. Au contraire, c’est s’inscrire dans une continuité, non dans une rupture !

Voici le point de vue charnel de Polémia :

1/ Etre français, c’est appartenir à une lignée ; une lignée « qui vient du fond des âges » (Charles De Gaulle). Parler de « nos ancêtres les Gaulois » est globalement vrai ; car c’est reconnaître que le peuple français demeure l’héritier des Gallo-Romains ; sa composition ethnique est restée quasiment inchangée jusqu’au début des années 1970 : blanche et européenne. Dans sa monumentale Histoire de la population française, le démographe Jacques Dupâquier le rappelle aux ignorants et aux malveillants.

2/ Etre français, c’est appartenir à une civilisation : la civilisation européenne et chrétienne. L’héritage spirituel et culturel prolonge ici l’héritage ethnique. Etre français, c’est partager des croyances communes et un imaginaire commun. Etre français, c’est partager la mémoire des poèmes homériques, des légendes celtes, de l’héritage romain, de l’imaginaire médiéval, de l’amour courtois. Etre français, c’est, qu’on soit chrétien pratiquant ou non, participer de la vision et des valeurs chrétiennes du monde car le catholicisme est un élément de l’identité française.

3/ Etre français, c’est être de langue française ; « la langue française notre mère » qui façonne notre esprit et est le merveilleux outil d’exercice de notre intelligence et de découverte des « humanités ». Un Français, c’est un Européen d’expression française.

4/ Etre français, c’est partager une histoire, une mémoire, c’est avoir en commun « un riche legs de souvenirs » (Renan) ; car « La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime » (Renan). Etre français, c’est partager la fierté de la grande épopée nationale de la Monarchie, de l’Empire et de la République. « La patrie, c’est la terre et les morts » (Barrès). Etre français, c’est avoir son patronyme inscrit, dans un village, sur un monument aux morts commémorant la grande ordalie de 1914. Et c’est s’interroger sur le sens de ce sacrifice et sur les exigences qu’il nous impose aujourd’hui.

5/ Etre français, c’est partager l’amour d’un territoire : de ses terroirs, de ses paysages, de ses hauts lieux. Etre français, c’est aimer la France, ses rivages, ses vallons et ses sommets, ses vignes et ses prairies, ses champs et ses forêts, ses chênaies, ses châtaigneraies, ses oliveraies, ses villages, ses bourgs, ses collines inspirées, ses cathédrales, ses églises, ses chapelles, ses sources, ses halles au grain, ses maisons de maître et ses fermes fortifiées, ses châteaux, ses palais et ses villes. Etre français, c’est aimer le Mont Saint-Michel, Saint-Émilion et Camembert.

6/ Etre français, c’est partager des musiques et des sons, ceux de la lyre et de la cornemuse, du piano et de la guitare, de l’accordéon ou de l’orchestre symphonique. Etre français, c’est avoir le sens du travail bien fait, c’est rechercher une certaine perfection dans le métier. C’est aussi, pour les meilleurs des artisans d’art, le sens de ce qui relie l’esprit à la main.

7/ Etre français, c’est partager des goûts et des odeurs. Etre français, c’est partager à table des moments de bonheur. Etre français, c’est manger du cochon, de l’andouillette, du petit-salé, du cassoulet et du saucisson. Etre français, c’est partager la baguette et le fromage, l’époisses et le maroilles, le brie de Meaux et le coulommiers, le reblochon et le roquefort, le cantal et le laguiole. Etre français, c’est goûter la Blonde d’Aquitaine et le Charolais, l’Aubrac et la Limousine. Etre français, c’est boire du vin de Loire ou de Bordeaux, d’Alsace ou de Bourgogne. Etre français, c’est déguster de vieux alcools, du cognac, de l’armagnac, du calvados et de la mirabelle.

8/ Etre français, c’est partager « Le désir de vivre ensemble », « la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. (…) Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. (…) Le chant spartiate : “Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes” est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie » (Renan).

Epilogue

Les mosquées et les tam-tams, le ramadan et les gris-gris, les minarets et les boubous, la charia et la sorcellerie africaine, la langue arabe ou l’ouolof, la arica et le manioc, le palmier et le baobab ne sont nullement méprisables ; seulement voilà : ils ne font pas partie de la civilisation française.

Bien sûr, les hommes et les femmes qui viennent d’autres mondes peuvent devenir français – au sens culturel, pas seulement administratif et social du terme – s’ils veulent et parviennent à s’assimiler. Mais ce n’est évidemment pas à eux de changer l’identité nationale !

Il faut ici citer le sage propos de Charles De Gaulle : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes

les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » (Cité dans Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, t. 1, éditions de Fallois/Fayard, 1994, p. 52).

vendredi 9 octobre 2009

Mitterrand et les 40 Violeurs

L’un des avantages non négligeables suscités par l’Affaire Frédéric Mitterrand, aura été de mettre à jour l’extension de la logique libérale, qualifiée par Alain Soral avant même la polémique, de “[…] marchandisation de tout, y compris du corps de nos enfants”.

On ne pouvait trouver plus juste synthèse de ce système libéral libertaire, territoire de jouisseurs spermophiles hérités de 68, dont les plus actifs représentants issus d’une droite et gauche réconciliées depuis toujours, se trouvent aujourd’hui à des postes clefs de la nation française et de l’Europe.

La Mauvaise Vie, ouvrage biographique narrant les expériences bordeline pédérastes de l’intéressé, et qualifié par Nicolas Sarkozy de livre “courageux et talentueux” cristallise au fond le quotidien de parasites sociaux désirant jouir sans entrave de leur statut de privilégié ; le petit thaïlandais incarnant métaphoriquement ce Peuple dont nous nous réclamons, et subissant malgré lui la violence d’une sodomie permanente.

À la lumière de ceci, nous comprenons plus facilement comment s’opère la jonction idéologique entre la gauche sociétale et la droite libérale, une démoralisation des mœurs portée par la sacro sainte vague de la loi du marché. Comme le rappel Jean-Claude Michéa dans son ouvrage L’Empire du Moindre mal “[…] en Allemagne ou grâce à la gauche, la prostitution est devenue un métier comme un autre, certaines ouvrières licenciées par le Capital se sont vu logiquement proposer par l’ANPE locale, au titre de leur reconversion, l’emploi d’hôtesses de charme dans les nouveaux Eros Centers”.

L’ouverture des frontière permettant la libre circulation des hommes et des capitaux, représentant le degré ultime de convergence d’intérêt entre trotskistes et libéraux.

Un tel mépris de classe est bien sûr rendu possible par la fausse naïveté des sociologues de l’extrême gauche libérale, qui présuppose que les riches sont nécessairement honnêtes (la violence et le crime trouvant leur terreau dans la pauvreté) puisqu’à l’abri du besoin. Le procès d’Outreau figura très certainement ce postulat ; l’Omerta se gardant bien, de voler au secours d’accusés assimilés à des ploucs dégénérés, comme elle le fit pour Mitterrand.

La solidarité de caste n’aura évidement échappé à personne (regardons la chaîne de l’amitié développée pour l’occasion ; un vrai déferlement de VIP : Delanoë, Cécile Duflot des Verts, Julien Dray le marchand de montres, Brice Hortefeux, Henri Guaino, Daniel Cohn-Bendit, Luc Chatel), et les piteux arguments de défense du ministre de la Culture cherchant une échappatoire en se présentant comme une victime de l’Extrême Droite, n’y changeront rien. Sa tête va tomber.

NB : Nous remarquerons au passage, malgré la gravité des faits narrés, que le plus important pour les politiques et les médias est de ne pas “faire le jeu” du Front National.

Ainsi en France, la pédophilie, constitue semble t-il, un acte moins répréhensible que le fait de reprendre les propos tenus par Marine Le Pen.

Publié sur le site d'égalité et réconciliation le 9 octobre 2009

jeudi 1 octobre 2009

Le prince et le pédophile : de Cohn-Bendit à Polanski

La pédopornographie sur Internet est diabolisée. Mais la pédophilie bien réelle est angélisée, pour peu qu’elle soit le fait de célébrités (des « people ») comme Cohn-Bendit ou Roman Polanski. Les sociétés traditionnelles réprimaient la pédophilie dans le secret de leurs institutions ; la société moderne post soixante-huitarde en a fait un instrument politique.

Explications :



1-De la protection de l’innocence dans les sociétés traditionnelles…

Dans les sociétés traditionnelles la pédophilie était cachée. Le silence protégeait la candeur des enfants et l’innocence des relations parents/enfants. Pour autant, le risque d’atteinte à l’intégrité des enfants n’était pas négligé : les parents leur recommandaient la prudence dans leurs relations avec les adultes et la légende de « l’ogre » visait à protéger des mauvaises rencontres. Bien sûr, il arrivait que des adultes pervers débauchent des gamins : alors, sans porter l’affaire sur la place publique, les institutions – famille, église, école, mouvements de jeunesse – réglaient l’affaire en leur sein. La sexualité, même déviante, restait d’abord une affaire privée, même si la loi réprimait le détournement de mineurs.

2-…à l’apologie des pratiques déviantes pour détruire l’ordre ancien

Dans la foulée de Mai 68, la révolution des mœurs a changé la donne. La « libération sexuelle » est devenue un instrument au service, non de la « révolution », mais de la révolte des élites :
http://www.polemia.com/article.php?id=1902

Dans son élan la « révolution sexuelle » a déculpabilisé dans un premier temps puis magnifié les pratiques sexuelles jugées jusqu’ici « déviantes » : l’homosexualité d’abord, la pédophilie ensuite. La légitimation des relations sexuelles adultes/enfants a été promue par toute une génération de soixante-huitards (joignant parfois le geste à la parole) : de Cohn-Bendit à Serge July (fondateur du quotidien Libération) en passant par Michel Polac (inventeur d’une télévision de lynchage médiatique) et Romain Goupil (cinéaste issu de la Ligue communiste révolutionnaire).
« Cohn-Bendit : l’angélisation de l’ogre » :
http://www.polemia.com/article.php?id=2209

En 1977, des communistes aux « nouveaux philosophes » toute l’intelligentsia signe une pétition en faveur d'inculpés dans une affaire de pédophilie : Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Roland Barthes, Francis Ponge, André Glucksmann, Bernard Kouchner, François Chatelet, Patrice Chéreau, Philippe Sollers, Félix Guattari, Jack Lang. Il s’agit alors de « libérer » les enfants de l’oppression de ces institutions que sont la famille, l’école ou l’église. La pédophilie est une arme de guerre pour détruire l’ordre ancien.

3-Les affaires de pédophilie : du grain à moudre pour les médias

La fin des années 1980 et surtout le début des années 1990 seront marqués par un revirement de la situation : la pédophilie est à nouveau réprimée, mais surtout les affaires de pédophilie deviennent pain bénit pour les médias qui y trouvent bien des avantages :

– commercialement : des histoires faciles à raconter, assez sordides et se vendant bien ;

– idéologiquement : des coupables intéressants issus de toutes les couches de la population, sans oublier des pères de famille, des prêtres et des chefs scouts. Bref, des cas particuliers bien utiles pour achever le travail de destruction des institutions traditionnelles.

Dans cet esprit, la parole de l’enfant est absolutisée par des « experts » pédiatriques qui ne veulent pas voir qu’elle peut aussi être mythomane. Cette sacralisation du témoignage enfantin couplée avec l’hypermédiatisation débouche sur le scandale d’Outreau : cédant à un emballement médiatique, procureurs et juges condamnent sans discernement innocents et coupables de cette petite ville populaire du Pas-de-Calais. La fragilité des preuves (où commence un attouchement ?) et la médiatisation des affaires débouchent sur de nombreux suicides : de coupables parfois, d’innocents souvent.

Qu’importe : grâce à cela l’appareil bureaucratique et l’appareil judiciaire disposent d’un moyen privilégié pour intervenir à l’intérieur de la vie des familles, des églises et des mouvements de jeunesse, ce qui nous rappelle que c’est toujours au nom du « bien » que le totalitarisme progresse.

4-Le prétexte de la pédopornographie, cheval de Troie à la censure sur Internet

Aujourd’hui des ministres et des célébrités racontent sans vergogne qu’ils vont chercher « des garçons » dans des pays plus ou moins lointains (Maroc ou Tunisie, Thaïlande ou Indonésie). Pourtant la lutte contre la pédophilie sur Internet (en fait contre la pédopornographie) est promue grande cause nationale. Dès le milieu des années 1990, le Parlement européen a multiplié les résolutions visant à « combattre sur Internet la pédophilie, le révisionnisme et le racisme ». Et c’est toujours au nom de la « lutte contre la pédophilie » que sont prises des mesures visant à censurer Internet en France. La pédophilie est ainsi un simple prétexte avancé pour roder des dispositifs de censure contre ce qui menace le politiquement correct.

L’affaire Polanski est à cet égard exemplaire de l’hypocrisie de la classe dirigeante. Médias et hommes politiques (de Frédéric Mitterrand à Nicolas Sarkozy) sont venus au secours de ce cinéaste condamné aux Etats-Unis pour avoir eu (et reconnu) des relations sexuelles avec une mineure de treize ans. Et ce sont les mêmes qui militeront pour la censure sur Internet au nom du risque d’y trouver des images pédopornographiques !

Portée sur le devant de la scène depuis quarante ans, la pédophilie n’a sûrement pas reculé, bien au contraire : les hommes de « mauvaise vie » (titre d’un ouvrage autobiographique récent de Frédéric Mitterrand) ne quittent les salles de rédaction que pour les palais ministériels. Mais la valorisation de la pédophilie comme de la lutte contre la pédopornographie a servi de bélier : contre les institutions traditionnelles dans un premier temps ; contre la liberté sur Internet dans un deuxième temps.

Andrea Massari

Paru dans Polémia
le 28/09/2009

dimanche 6 septembre 2009

Les Irlandais priés de bien voter cette fois-ci

On en parle très peu en France, et pourtant dans moins d'un mois se jouera en Irlande un événement capital pour l'avenir de l'Union européenne. Le 2 octobre en effet, les électeurs irlandais sont appelés à revoter sur le Traité de Lisbonne, dans une version en tout point identique à celle qu'ils avaient rejetée par 53% des voix en juin 2008.

Deux mots résument la campagne qui débute : dérive totalitaire. Il ne faut pas craindre en effet d'employer cette expression, la plus appropriée pour décrire le climat dans lequel les Irlandais vivent les semaines qui les séparent du scrutin.
L'existence d'un deuxième référendum serait déjà en soi suffisante pour pouvoir parler de dérive totalitaire. Lorsqu'on refait voter un peuple sur un texte à 100% identique à celui sur lequel il vient de s'exprimer, on n'est clairement plus en démocratie. Les partisans les plus zélés, ou les plus aveugles, de l'Europe de Bruxelles pourront toujours essayer de trouver une justification plus ou moins tirée par les cheveux. Du point de vue des principes démocratiques, il ne peut pas y en avoir. S'ils tolèrent ce genre de procédés, ils ne sont pas démocrates. C'est leur droit, mais ils doivent en être conscients.

La dérive totalitaire concerne également la campagne référendaire. Seul parmi les 27 de l'Union européenne à avoir eu la possibilité de s'exprimer par référendum, le peuple irlandais est soumis à une terrible pression des milieux eurocrates politiques, administratifs et financiers.
Pour "éclairer" les électeurs, la commission européenne vient par exemple de publier un livret censé résumer en quelques pages le Traité de Lisbonne. D'après la commission, les électeurs irlandais pourront suite à la lecture de ce guide "voter en conscience et en toute connaissance de cause". Dès les premières lignes, le ton est donné : "L'objectif du Traité de Lisbonne est de rendre l'UE plus démocratique, plus efficace et plus transparente. Il donne aux citoyens et aux parlements plus de poids dans la conduite des politiques européennes, et donne à l'Europe plus de poids dans le monde, tout en protégeant les intérêts nationaux". Bref, un Traité idéal pour une Europe idéale...Citoyens irlandais, radio Bruxelles vous informe !

Au niveau national, la quasi totalité des partis irlandais soutiennent le OUI, du Fianna Fail parti du premier ministre Brian Cowen au Fine Gael, principal parti d'opposition.
Craignant que l'impopularité du premier ministre ne rejaillisse sur le scrutin (selon les derniers sondages, 85% des Irlandais sont mécontents de sa politique), le Fine Gael vient d'appeler les électeurs à "attendre les prochaines élections pour sanctionner le premier ministre. Pour le moment il faut dire oui à l'Europe". C'est beau comme du François Hollande...
On remarque que pour tromper l'électeur, on utilise toujours ce genre de raisonnement consistant à dissocier politique nationale et politique européenne, alors que cette dernière conditionne la majeure partie des politiques économiques des gouvernements (et c'est précisément sur ce point que les Irlandais sont mécontents de Cowen), et que 80% des lois nationales sont directement issues de Bruxelles dans la plupart des Etats membres.
Il est donc parfaitement cohérent, et lucide, de voter contre l'Europe de Bruxelles lorsqu'on est mécontent de son gouvernement. Parler de confusion des scrutins est une escroquerie, une manipulation destinée à contenir la colère légitime des peuples.

Il va de soi que dans les médias, le camp du OUI est surreprésenté, bénéficiant de l'engagement des deux partis les plus importants du pays. Ceux qui se souviennent du déluge de propagande qui s'abattit sur la France lors la campagne référendaire sur la Constitution européenne en 2005 comprennent ce que vivent grosso modo en ce moment les Irlandais, d'une façon sans doute encore aggravée, en raison des pressions eurocrates plus fortes que jamais.

Autre dérive totalitaire, les arguments de campagne. Du côté du OUI, il n'y en a pas. Le seul ressort de la campagne est la peur. Tous les arguments, même les plus ridicules, sont bons à prendre pour terroriser l'électeur : aggravation de la crise en cas de victoire du NON, expulsion de l'UE, fuite des investisseurs étrangers.
Cette stratégie de la terreur, utilisée par l'ensemble des partis du OUI, est complétée par le mensonge selon lequel l'Europe protégerait les pays membres de la crise. Un simple coup d'oeil sur les chiffres de la récession dans le monde montre au contraire que les premiers pays touchés par la récession furent les pays européens, qu'ils connaissent une dépression plus forte qu'ailleurs, et qu'ils sortent de 15 ans de croissance molle. C'est encore plus vrai au sein de la zone euro.
De toute façon, comment une Europe qui a fait du libéralisme mondialisé, de la déréglementation et du libre-échange sa seule devise pourrait-elle avoir un rôle protecteur dans une crise qui s'explique précisément par la faillite de ces principes ? Un peu de logique s'impose pour comprendre la réalité des chiffres, et déminer les mensonges du camp des eurobéats.

Enfin, les grands patrons irlandais se sont eux-aussi lancés dans la campagne du OUI. En tête, le PDG de Ryan Air, Michel O'Leary. Il faut dire qu'il attend le feu vert de la commission européenne pour le rachat d'un concurrent, Aer Lingus... Autre patron engagé, Jim O'Hara, le PDG d'Intel, qui vient de faire appel d'une amende de plusieurs millions d'euros prononcée par la commission contre sa société. Echange de bons procédés entre "Européens convaincus" dira-t-on...

Référendum après référendum (ils sont d'ailleurs de plus en plus rares), les pressions exercées sur les peuples européens pour qu'ils "votent bien" (et si possible du premier coup !) se renforcent, jusqu'à verser dans la dérive totalitaire pure et simple. Très clairement, quand il s'agit d'Europe, et parce qu'on touche à l'évidence au coeur de la machine, là où se prennent les vraies décisions, les peuples ne sont pas les bienvenus.

L'Irlande n'est pas la seule concernée. Le phénomène est général. Il est particulièrement fort en France où des parlementaires de tous bords, UMP PS MODEM, ont voté en catimini en 2008 le Traité de Lisbonne, copie-conforme de la Constitution européenne que nous avions rejetée par référendum en mai 2005.
La propagande depuis n'a jamais cessé. Pour vous en convaincre, visionnez ce court reportage diffusé par la chaîne France24 au sujet de la campagne irlandaise. La première phrase du journaliste donne le ton : "Les Irlandais ont voté NON l'an dernier, surtout parce qu'ils ne comprenaient pas le Traité de Lisbonne"...Ce journaliste, comme tant d'autres en France, est en mission : reprendre la communication européiste et faire croire au bon peuple que tout est affaire de pédagogie, que le NON ne peut s'expliquer que par un défaut de compréhension, et certainement pas par un rejet politique.

Les démocrates dignes de ce nom doivent réagir, et vite.
Pour l'heure, nous ne pouvons que souhaiter une victoire du NON en Irlande, le 2 octobre prochain. Ce NON sonnerait comme un désaveu terrible pour l'ensemble des "élites eurocrates". Les derniers sondages montraient une avance assez confortable du OUI, mais en reflux. Espérons que les partisans du NON sauront amplifier le
mouvement.


http://www.levraidebat.com/article-35740167.html

mardi 28 juillet 2009

La république nous appelle

D’ici un demi-siècle peut être moins une guerre civile éclatera. Nos élites ont renoncé depuis longtemps à Marianne et ses bras protecteurs. Ses orphelins sont dans un tel état d’abêtissement que si on leur braillait en pleine rue « Vive la république ! Vive la France! », ils se demanderaient de quelle république et de quelle France il retourne. Tout a commencé il y a 40 ans, les étudiants renvoyés manu militari devant Billancourt poursuivent néanmoins leur révolte culturelle; génération souffrant d’un « sida mental », les soixantes-huitards sont également les enfants gâtés de l’époque : croissance, plein emploi et liberté sexuelle, rien ne semble pouvoir arrêter les thuriféraires de l’idéologie post nationale.

Leur utopie, un monde sans contraintes sans blocages et sans frontières converge avec la vision ultra libérale d’un monde fondé sur la fluidité des échanges et régulé par les lois du marché. Responsables de la prolétarisation économique et culturelle du peuple, ces nouvelles élites « antinationistes » le sont également du lent écroulement de la république sous les coups conjugués du marché et du communautarisme. Une nation républicaine qui n’est plus « une et indivisible » mais qui s’identifie désormais par un agrégat de lobbys et de communautés. Toute idéologie a ses conséquences : déliquescence du modèle national français mais aussi de la démocratie et du contrat social. Oui au multiculturalisme, non à l’assimilation, oui à Bernard-Henri Lévy et Sarkozy, non à Jaurès et de Gaulle. Nous sommes tombés dans le ruisseau, faute d’avoir écouté Rousseau.

Ils nous ont fait miroiter avec le « mieux vivre ensemble », ils nous feront découvrir les Balkans et le bain de sang. Ils ont bâillonné Marianne et osent se réclamer du ruban bleu ! « Les hommes font l’histoire mais ne savent pas l’histoire qu’ils font » (Karl Marx).


Paul M

mardi 30 juin 2009

Katyn: la vérité sur un massacre

Alors qu'en janvier, les film "Che Guevara" étaient diffusés en masse, faisant ainsi l'éloge d'un criminel de guerre (voir articles précédents: "pour en finr avec la légende castro"; "pour en finir avec la légende du che"), le film "Katyn" n'a pas le droit d'être visionné aussi massivement. Nous vous proposons un article de Jean Sévillia "Katyn des victimes oubliées", publié le 19/03/2005 dans le Figaro Magazine. Pour connaitre la vérité sur ce massacre.

Le 23 août 1939, le pacte germano-soviétique signé par Ribbentrop et Molotov prévoit, dans un protocole secret, le futur partage de la Pologne. Les dés roulent : ce qui deviendra la Seconde Guerre mondiale commence sous les auspices de l’alliance nouée entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique.

Le 1er septembre, à l’aube, la Wehrmacht envahit la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Le 14 septembre, alors que Varsovie est complètement encerclée, Staline donne l’ordre à ses troupes de passer à l’offensive : le 17, l’Armée rouge envahit la Pologne orientale. Pris en tenaille, les régiments polonais sont écrasés. Le 27 septembre, le gouvernement et le haut commandement polonais se réfugient en Roumanie. Ils gagneront ensuite la France, puis l’Angleterre en juin 1940.

Dès le 28 septembre 1939 est signé entre le IIIe Reich et l’URSS un « traité d’amitié et de délimitation des frontières » . La Pologne est partagée. Dans la partie russe, le praesidium de l’URSS attribue la nationalité soviétique à tous les résidents des territoires incorporés. Tout citoyen est désormais soumis à la loi soviétique, avec les conséquences que l’on de-vine, au moment où le stalinisme atteint son apogée : le personnel administratif et politique est épuré, la répression frappe les opposants réels ou supposés.

Au cours de cette guerre éclair, 240 000 Polonais ont été faits prisonniers, dont environ 10 000 officiers. Si un certain nombre de simples soldats sont libérés début octobre, 25 000 autres sont envoyés construire des routes, et 12 000 mis à la disposition, comme travailleurs forcés, du commissariat à l’Industrie lourde. Deux camps pour officiers sont créés, à Starobielsk et à Kozielsk, ainsi qu’un camp pour les policiers, les gardiens de prisons et les gardes frontières à Ostaszkow. Fin février 1940, 8 000 officiers et 6 000 policiers et assimilés y sont internés.

Ces hommes appartiennent à l’élite de la société polonaise. Staline pense d’abord condamner les policiers sous un chef d’accusation visant les personnes ayant « combattu le mouvement ouvrier international » , ce qui équivaut à des peines allant de cinq à huit ans de détention. Mais sur proposition de Beria (le chef du NKVD, la police politique soviétique), la solution la plus radicale est choisie : l’extermination massive des prisonniers de guerre. Le 5 mars 1940, le Bureau politique décide d’ « appliquer la peine suprême » à 25 700 Polonais, « ennemis incorrigibles » qui « attendent seulement d’être libérés pour participer activement à la lutte contre le pouvoir soviétique » . L’acte écrit porte notamment les signatures de Staline et de Molotov.

Un mois est nécessaire pour préparer l’exécution de cet ordre. Puis, entre le 3 avril et le 13 mai 1940, les prisonniers sont transportés par petits groupes hors des camps. Ceux de Kozielsk sont amenés à Smolensk, où ils sont torturés et abattus d’une balle dans la nuque. Leurs cadavres sont ensuite transportés dans le bois de Katyn, où ils sont ensevelis dans d’immenses fosses communes, au bord desquelles d’autres prisonniers sont exécutés directement : 4 404 corps en tout seront enterrés ici, le nom de Katyn s’étant imposé pour désigner un crime collectif qui, au même moment, est perpétré ailleurs. Les 3 891 officiers de Starobielsk, eux, sont assassinés dans les locaux du NKVD à Kharkov, leurs dépouilles étant enterrées dans la banlieue de la ville. Quant aux 6 287 prisonniers d’Ostaszkow, exécutés dans les locaux du NKVD à Kalinine, ils sont inhumés dans une localité proche. Au total, plus de 14 500 hommes ont été massacrés.

Mais ce n’est pas tout. Puisqu’il faut 25 700 victimes, plus de 10 000 autres prisonniers - simples soldats, résistants civils ou « éléments socialement dangereux » - sont fusillés en application de la directive du 5 mars 1940. Et commence une immense vague de déportation vers le goulag. Selon l’historienne Alexandra Viatteau, entre le pacte germano-soviétique de 1939 et l’attaque allemande contre l’URSS en 1941, les Soviétiques ont déporté au moins 1,6 million de Polonais, dont la plupart sont morts.

En juin et juillet 1941, à la suite de la rupture du pacte Hitler-Staline, la totalité de l’ancien territoire polonais passe sous contrôle allemand. S’installe un régime de terreur qui, à travers les Einsatzgruppen, vise d’abord les Juifs, enfermés dans des ghettos et bientôt dans des camps, mais qui n’épargne pas les autres Polonais : dans l’est du pays, les crimes nazis succèdent aux crimes communistes.

Anéantie, rayée de la carte, la Pologne subit un abominable martyre. Mais les enjeux d’une guerre devenue mondiale vont diviser les Polonais. En décembre 1941, le général Sikorski signe avec Staline un accord qui aboutit à la formation d’une armée recrutée parmi les prisonniers de guerre des Soviétiques. Organisée au Proche-Orient en 1942, cette armée participera à la campagne d’Italie, en 1944, sous la direction du général Anders. A Londres, cependant, siège le gouvernement en exil, qui n’est pas prêt à pactiser avec Staline.

Le 12 avril 1943, coup de tonnerre : les Allemands annoncent la découverte, à Katyn, d’un charnier contenant 4 500 cadavres d’officiers polonais, qu’ils présentent comme des victimes des Soviétiques. L’URSS rejette aussitôt la responsabilité sur le Reich, mais le gouvernement polonais de Londres demande une enquête de la Croix-Rouge internationale, ce qui pousse Moscou à rompre ses relations diplomatiques avec lui. Les enquêteurs envoyés à Katyn concluent à un massacre antérieur à l’occupation allemande, mais les Soviétiques, quand ils reprennent la région, relancent la guerre de la propagande, accusant les Allemands.

Fin 1943, Moscou encourage la formation d’un Comité polonais de libération nationale où les communistes jouent un rôle prépondérant. Installé à Lublin en juillet 1944 et fort de l’avance des troupes soviétiques, cet organisme se proclame gouvernement légal de la Pologne. Le 1er août 1944, l’Armée nationale intérieure polonaise, qui ne reconnaît que le gouvernement de Londres, déclenche l’insurrection de Varsovie : Staline, dont les troupes sont à 20 kilomètres, laisse la Wehrmacht écraser ces patriotes anticommunistes, qui doivent se rendre après deux mois de combats héroïques. Transféré dans les ruines de Varsovie le 17 janvier 1945, le comité de Lublin, appuyé par les Russes, impose son pouvoir à tout le territoire polonais.

En 1946, les Soviétiques font inscrire Katyn dans l’acte d’accusation du procès de Nuremberg, mais le massacre disparaîtra du jugement final : la vérité, les Anglo-Américains la connaissaient, mais la proclamer serait revenu à accuser l’allié avec lequel ils venaient de gagner la guerre. En 1953, une commission d’enquête américaine parvient à la conclusion que les officiers polonais retrouvés à Katyn ont bien été assassinés par les Soviétiques. Mais ce n’est qu’en 1990, perestroïka oblige, que ces derniers, par la voix de Mikhaïl Gorbatchev, confessent leur responsabilité. En 1992, alors que l’URSS n’existe plus, Boris Eltsine remet au président polonais, Lech Walesa, les preuves de la préméditation du massacre de Katyn (...)

Selon l’historien Victor Zaslavsky, « la politique soviétique dans les territoires polonais annexés, et l’affaire de Katyn en particulier, représentent un cas emblématique de la politique de génocide de classe) ». Tragique ambiguïté de l’année 1945 : pour l’Europe de l’Est, l’heureuse défaite sur l’Allemagne nazie a signifié l’entrée dans un autre univers de nuit et de brouillard, celui du communisme stalinien. Il n’y a pas de bons assassins : si notre mémoire n’était pas hémiplégique, nous rendrions justice à toutes les victimes des systèmes totalitaires.

Jean Sévillia

dimanche 14 juin 2009

Le terrible isolement du PS français

Par Éric Zemmour
Publié le 05/06/2009 dans Le Figaro Magazine

Professionnels. Les socialistes ont achevé leur campagne sans passion ni enthousiasme, mais sans sortie de route. L'affichage ostentatoire de l'unité a fait rire - meeting commun Royal-Aubry -, n'a convaincu personne - soutien de toute sa génération à Benoît Hamon -, mais a réussi à étouffer les vrais débats : Manuel Valls qui ose approuver dans Le Figaro le projet de loi Estrosi sur les bandes. L'instinct de survie électorale existe encore au PS. Les européennes n'ont rien réglé pour la présidentielle, mais n'ont pas pourri les régionales. L'essentiel pour ce parti d'élus.
Alors que l'UMP manque de réserves, le PS en a trop ; la bonne campagne de Mélenchon redonne du poids à gauche ; le MoDem est derrière son leader maximo et Cohn-Bendit a fait du bouche-à-bouche aux Verts. Les grands feudataires locaux décideront au cas par cas et, Rue de Solferino, on s'étripera sur «l'union de la gauche» ou «la modernité». Un classique. Le jeu de bascule entre le centre droit et l'extrême gauche, qui occupe les socialistes depuis la IIIe République, n'est pas près de cesser.

Entre-temps, les socialistes français auront pu mesurer leur terrible isolement en Europe. Pour marquer leur retour à gauche, le PS avait fait de Barroso sa tête de Turc. L'idée n'était pas malhabile tactiquement tant le président de la Commission incarne la mondialisation libre-échangiste, la «concurrence pure et non faussée», et l'atlantisme sans complexe. Tout ce que les socialistes français ont entériné depuis près de vingt ans, votant l'essentiel des mesures au Parlement européen avec la droite.
L'hostilité à Barroso permettait de se défausser en douceur. Mais les socialistes espagnols et anglais, les Allemands aussi, refusèrent de lâcher le terne patron de Bruxelles. Les socialistes français se sont inclinés. Une fois de plus. Se sont retournés contre Sarkozy. Mais la dynamique de campagne fut alors brisée.

mercredi 3 juin 2009

Europe: tous perdants

Par Eric Zemmour
Publié le 27/06/2008 dans Le Figaro

Ils crient victoire, mais on ne les entend pas. Dupont-Aignan, Coûteaux ou Villiers à droite, Chevènement, Mélenchon ou Besancenot à gauche triomphent dans le désert. Et pourtant, elle ne tourne pas, l'Europe.
Le grand combat politique des vingt dernières années entre fédéralistes et souverainistes s'achève dans un champ de ruines. Tous perdants. Cette bataille avait débuté lors du référendum de Maastricht en 1992. Séguin était très proche de Chevènement ; Léotard faisait estrade commune avec Pierre Bérégovoy.
Mais, en 1995, c'est Chirac qui fut élu Président. Chevènement, en 2002, tentait « l'alliance des deux rives » ; mais c'est Le Pen qui faisait « turbuler le système ». Inhibés par le politiquement correct, Séguin et Chevènement n'osèrent jamais parler d'immigration à l'électorat populaire ; et Pasqua ne se vit jamais en numéro un.

En 2007, Sarkozy, sonné par le référendum sur la Constitution de 2005, osa reprendre les thèmes des « nonistes » : préférence communautaire, critique de l'euro fort, politique industrielle, mais aussi exaltation de l'identité nationale, tandis qu'il rassurait discrètement les élites européistes avec son minitraité simplifié. Il le fit illico. Copié-collé de la Constitution Giscard. Ratifié par l'UMP et le PS.
L'ouverture, ce fut cela : cette majorité de centre droit-centre gauche, conceptualisée par Giscard en 1974, ébauchée par Mitterrand en 1988, concrétisée en 2007. Ce coup de bonneteau se brisa sur le non irlandais. Ne restent que des européistes sans le peuple et des eurosceptiques sans le pouvoir.

Les prochaines européennes de 2009 changeront-elles la donne ? « L'Europe est un despotisme éclairé et doux », confiait un jour Jacques Delors.