lundi 3 octobre 2011

Lettre aux enfants européens (nés en 2011) : devenez des hommes


Mes pauvres enfants, vous êtes nés dans un monde finissant et vous allez participer à son agonie. Vous, les jeunes Occidentaux, votre cauchemar ne fait que commencer.

Vous avez échappé à l’avortement et vous êtes nés dans ce qui reste de la famille en Europe. Elle sera peut-être « monoparentale », c’est-à-dire réduite à une seule personne. Ou bien constituée de deux personnes aux noms différents, voire de même sexe. Vos grands-parents, vous les verrez de temps en temps, pour qu’ils vous fassent des cadeaux ou pour qu’ils vous « gardent » pendant que vos parents travaillent ou s’amusent ; avant qu’ils ne rejoignent l’hospice car ils finiront aussi par gêner. Vos parents divorceront un jour, sans doute, s’ils se sont mariés (un mariage sur deux finit en divorce selon les statistiques). Votre famille se réduira au droit de visite.

Vous n’aurez pas le réconfort d’avoir beaucoup de frères et de sœurs car la démographie occidentale s’effondre : vous n’aurez que des copains, des potes et des adresses Internet. Vous n’aurez que des amis en silicone. Cela vous suffira puisque de toute façon vous allez passer 4 heures par jour devant la télévision. Le reste du temps, vous écouterez de la musique déracinée avec vos copains en « boum », en « boîte » ou sur votre MP3 et vous tapoterez sur votre téléphone-ordinateur-appareil photo-GPS portable.

Vous lirez peu et rarement de vrais livres. L’accès à la culture ne vous sera pas accordé sauf si vos parents sont riches. On vous dressera ainsi à rester des éternels spectateurs du monde : des objets et non des sujets de l’histoire.

L’école publique ne vous apprendra rien de votre passé, de votre histoire, de votre culture, de vos racines ou de votre religion. Elle vous apprendra seulement à respecter les commandements de l’idéologie dominante et qu’il est normal de copuler avec vos petits copains et copines. Elle vous apprendra à vous repentir de votre civilisation, à mépriser vos ancêtres et à suspecter vos parents. A la cantine on vous fera manger halal car il ne faut pas discriminer vos petits camarades musulmans. On vous apprendra à consommer et à céder à ce que vous croirez être vos libres pulsions, alors que vous serez seulement victimes de la suggestion publicitaire omniprésente.

Si vos parents ont un peu d’argent, vous vous inscrirez à l’université puisque tout le monde y va, bien que vous ne sachiez pas bien l’orthographe, à la différence de vos arrière-grands-parents qui n’avaient que leur certificat d’études primaires mais qui savaient lire, écrire et compter et qui connaissaient les chefs-lieux de départements. Avec un peu de patience vous obtiendrez un diplôme, comme tous les autres, et vous devrez alors chercher du travail. Comme tous les autres, car vous entrerez dans un monde où le travail durable est un privilège rare, désormais.

Vous serez en concurrence avec le monde entier : avec les Chinois et les Indiens qui fabriquent chez eux ce que l’on vous somme d’acheter, et avec les Africains qui sont installés en Europe. Des législations compliquées, destinées à empêcher de « discriminer » tout le monde sauf vous, ont en outre été mises en place. Il faudra vous contenter de peu si vous voulez travailler. Il faudra aussi faire preuve de docilité et de mobilité car la délocalisation de l’emploi industriel est désormais la loi. Et puis, compte tenu des prix de l’immobilier – car c’est le seul bien qui n’a pas encore été dévalué par les crises financières à répétition –, il vous faudra beaucoup vous déplacer entre votre domicile et votre travail, et de plus en plus longtemps puisque les centres villes sont de plus en plus chers. Et vous voyagerez dans les transports collectifs bondés car les routes sont saturées ou interdites.

Vous vivrez dans des banlieues et non plus dans des villes, des villages et des campagnes, comme vos ancêtres. Vous logerez entre le centre commercial, le centre culturel et le parking. La nuit, il vous faudra éviter de circuler pour ne pas rencontrer des « jeunes », des criminels récidivistes ou des contrôles de police musclés. Le mieux pour vous sera de rester chez vous à regarder la télévision. Vous y verrez des tas de choses auxquelles vous ne pourrez jamais accéder mais cela vous fera rêver, avant de vous endormir. Et cela vous donnera l’idée de vous endetter un peu plus pour acheter des objets inutiles que vous aurez « vus à la télévision ».

Mais il vous faudra éviter d’être malade, surtout si vous n’avez qu’un emploi à durée déterminée. Parce que les systèmes de sécurité sociale font faillite et qu’on remboursera mal vos dépenses médicales. Et parce qu’un arrêt de longue durée peut signifier un début de chômage, la dégringolade sociale irrémédiable dans un pays où 10% de la population n’a pas d’emploi.

Vous n’apprendrez pas le métier des armes puisque le service militaire a été aboli et qu’il est interdit de posséder des armes. Vous n’apprendrez pas à protéger votre nation, votre foyer, vos proches. Si vous êtes militaire de carrière on vous enverra guerroyer au loin, jouer les mercenaires de l’OTAN.

Vous n’apprendrez pas à être un citoyen qui participe à la vie de la cité. Non, si on vous fait militer ce sera pour des causes lointaines : on vous fera faire de « l’humanitaire » ou sauver les bébés phoques. On vous consultera sur pas grand’ chose d’important ; on vous laissera tranquille ; on vous demandera seulement de voter pour les candidats choisis par la télévision.

On vous apprendra à être un bon petit sujet docile, une gentille « ressource humaine » au service de l’économie, qui fait confiance aux institutions, aux conseils d’administration des entreprises et aux experts financiers pour vous « protéger ».

Il faudra aussi vous habituer à respecter les multiples prohibitions dont on a rempli votre vie, pour votre bien : trier sagement vos déchets ménagers, ne pas rouler trop vite, mettre votre ceinture de sécurité, ne pas fumer, ne pas manger trop sucré ou trop salé, ne pas boire plus d’un verre de vin, ne pas transporter d’objet pointu et coupant dans les avions et surtout ne pas avoir de mauvaises pensées.

Il faudra aussi que vous appreniez à être minoritaire. Minoritaire dans le monde, car les Européens ne représenteront plus que 7,5% de la population mondiale en 2050. Minoritaire à l’échelle de l’Union européenne élargie, car cette union n’est qu’un nain politique. Minoritaire dans votre pays, car vous devrez vous « ouvrir » aux us et coutumes de tous les peuples qui vous feront l’honneur de venir s’installer en France, si vous ne voulez pas qu’on vous accuse de « racisme » et subir les foudres de la justice. Minoritaire, il faudra que vous appreniez à baisser les yeux dans la rue.

Avec un peu de chance vous durerez ainsi au moins 80 ans, dans la solitude ou en la partageant avec un autre individu que vous aurez rencontré. Avec votre petite retraite et les quelques économies qui auront survécu aux différentes crises financières, vous traînerez votre vie inutile et sans but. Peut-être aurez-vous décidé de faire des enfants pour qu’ils profitent à leur tour de ce paradis terrestre ? Mais il faudra vous résigner à ce qu’ils n’aient pas une meilleure situation que la vôtre.

A moins que dans un suprême effort vous ne rejetiez ce système : que vous décidiez d’être des hommes et des Européens, comme vos ancêtres. Alors tout ce qui précède n’aura été qu’un mauvais souvenir ou qu’un affreux cauchemar.

Michel Geoffroy
27/09/2011

Correspondance Polémia – 30/09/2011


Michel Geoffroy

mardi 28 juin 2011

Leur morale et la nôtre : A l’origine du désaccord.

« Le protestantisme est une insurrection morale de l’individu contre l’espèce humaine ». Auguste Comte


Le christianisme européen permit jadis la préservation de l’ordre et de la paix civile sur nos terres, et ce jusqu’à ce que son unité fut brisée par Luther. La France, aussi longtemps qu’elle fut la fille aînée de l’Eglise, exerça sur le monde une véritable magistrature. En ce sens, le protestantisme quelle que soit la forme qu’il revêt, doit être perçu pour ce qu’il est : un mouvement politique qui, comme l’éphémère hérésie albigeoise, inocula le désordre civile et affaiblit la hiérarchie ecclésiastique. Ce simple constat, amena autrefois Sainte-Beuve, à percevoir dans la jacquerie huguenote « les prémices d’un républicanisme primaire et le dessein exprès de former un état dans l’Etat ». Cette vérité, magnifiquement résumée par Bainville dans son histoire de France, révèle crûment que le protestantisme, considéré ici comme parti politique, fut toujours anti-français.

Voici le principe fondamental de la vie morale : la pratique du libre examen et du subjectivisme, dit le protestant. Voici le principe essentiel de la vie morale, la réalité du tout de dieu telle que la définit Bossuet ou/et la nécessaire supériorité d’institutions traditionnelles tel que le constatent toute une génération de positivistes, d’Auguste Comte à Emile Durkheim en passant par Hyppolite Taine; donc la subordination de l’individu à la famille et à la patrie, la pratique du sacrifice et du dévouement, l’amour de l’autorité et des traditions, répondent en chœur les patriotes.

C’est sous la férule des sociétés « domestiques, religieuses et politiques », que les français, dont l’esprit a été façonné par la force de l’âge et quinze siècles d’histoire, expriment leur créativité et leur génie. A l’échelle du gouvernement national, cela suppose l’édification d’un Etat paternel et fort. Ainsi, même dans l’opposition, le patriote garde un état d’esprit gouvernemental. En clair, il reste le gardien de l’ordre et de la cohésion national.

Mais cet état de fait ne saurait convenir au citoyen protestant qui, précisément en raison de sa protestation permanente a érigé l’insurrection comme le plus sacré des devoirs, sacrifiant ainsi l’ensemble au détail, la collectivité à l’individu, l’avenir national aux caprices du présent.

Ce clivage entre esprit protestant et esprit patriote, ne saurait trouver de compromis pour la simple et bonne raison que ces concepts sont antinomiques. Soit le libre examen et le subjectivisme comme principes fondamentaux, et l’individualisme et le droit-de-l’hommisme qui en découlent ; soit l’ordre, l’autorité et la tradition. C’est en ce sens qu’il convient de saluer la formule « libéral et conservateur » comme le plus bel oxymore jamais crée.

A l’avènement du croyant auteur de sa propre foi, a logiquement succédé le règne de l’individu dont la seule conscience permettrait désormais de distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le laid du beau. La doctrine protestante, érigée en philosophie de vie, suppose ainsi le détachement de l’individu des institutions qui l’ont formé, condition sine qua non de sa liberté.

En ce sens le progrès, prôné par un individualisme toujours plus absolu, se traduit nécessairement par le désordre et la déconstruction des « corps intermédiaires » entre le citoyen et l’Etat, à commencer par la nation, « le plus vaste des cercles communautaires qui soit au temporel, solide et complet ». Détruit, dénudé et déraciné, l’homme moderne crée sa propre histoire sur des bases caractérisées par une nouveauté permanente. Il est en somme « une alouette face à un miroir », condamnée à être attirée par ce qui brille, vouée à un perpétuel changement.

C’est en tant qu’héritier de cette nouvelle éthique, libérée de toutes entraves, que Nietzsche, fils de pasteur, perçoit la morale chrétienne, comme une morale d’esclaves. De même, la rêverie jean-jacquiste doit d’abord être perçue comme le fruit vénéneux du repli individuel huguenot. Rousseau, enfant maudit de Luther et de Calvin, n’a fait que poursuivre l’œuvre de ses pères. Imprégné du code génétique protestant, fortifié par une idéologie égalitaire et universaliste, le contrat social, future bible du parti révolutionnaire, achèvera de fonder la société dite « moderne ».

A suivre…


Paul M

samedi 6 novembre 2010

L’objection de conscience menacée !

« Moi, je n’ai pas dit oui ! Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire non encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit oui. » Antigone à Créon, Antigone, Jean Anouilh.

Le 7 octobre, les représentants des 47 Etats membres du conseil de l’Europe ont débattu d’un texte visant à règlementer l’objection de conscience. Rappelons que l'objection de conscience se définit comme le choix personnel de refuser d'accomplir un acte allant à l'encontre d'un impératif éthique dicté par sa conscience. Ce projet de rapport, proposé par la députée travailliste britannique Christine McCafferty, s'intitule « Accès des femmes à des soins médicaux légaux : le problème du recours non réglementé à l'objection de conscience ». Il considère qu’une telle objection pose problème, car son invocation croissante par les professions médicales rendrait de plus en plus difficile l'accès aux « services de santé reproductive », c'est-à-dire principalement l'accès à l'avortement, mais aussi à la procréation médicalement assistée ou encore à la stérilisation à visée contraceptive. Le rapport vise aussi l'euthanasie active.

Ce texte constate en effet que la « pratique de l'objection de conscience se développe dans le domaine des soins de santé. « Vivement préoccupé » par « la montée de cette pratique », qui remettrait en cause dans les faits le « droit à l'avortement », le texte du Conseil de l'Europe invite les Etats membres à restreindre le droit à cette objection.

Une telle initiative s’inscrit symboliquement dans la logique d’un Etat de droit, c’est-à-dire d’un Etat qui se définit comme un régime de domination de la loi sur tous. Rappelons en effet, que la notion de loi a changé de sens dans le monde moderne. Fruit d’une volonté générale et infaillible, tout doit lui être subordonnée. Le droit naturel doit, dans cette perspective, être aliéné au droit positif. Dès lors, les lois politiques n’ont plus vocation à refléter les lois de l’univers mais à distinguer souverainement le vrai du faux, le juste de l’injuste, bref à définir la vérité.

Cette capacité législatrice des hommes, dont le contrat social de Jean-Jacques Rousseau fait l’apologie, ne saurait ainsi buter sur la conscience intime de l’homme. Antigone ne peut pas empêcher Créon d’agir pour le bien de la cité !

Le rapport Mac Cafferty se dit vivement préoccupé par l’objection des prestataires de soins de santé qui, au nom « d’une objection religieuse, morale ou politique refusent d’assurer certains services ». La belle affaire ! Mais notre amie d’outre-Manche ne s’arrête pas là. Soucieuse d’assurer « un équilibre entre le droit des médecins à ne pas agir contrairement à leurs convictions » et celui « des patients à avoir accès à des procédures médicales légales dans un délai approprié », elle souhaite exclure du droit à l’objection de conscience les soignants qui participent indirectement à l’acte. En outre, l’objecteur se verrait contraint d’orienter sa patiente vers un médecin capable de répondre à sa demande. Enfin (et c’est sans doute le plus intéressant) elle obligerait le praticien à renoncer à son objection « en cas d’urgence ». A croire que l’urgence de l’intervention rend caduque la conscience de l’intervenant ! Des objecteurs qui, devenus ennemis du sacro-saint droit positif, seront d’ailleurs fichés. Cette volonté d’établir un registre des « mauvais éléments » n’est pas sans rappeler « l’affaire des fiches » qui, sous l’impulsion du gouvernement Combes en 1902, avait pour but de dresser une liste exhaustive des opinions politiques et religieuses des officiers, en vue de favoriser une laïcisation de l’armée. Nous voilà revenu au temps béni de la république anticléricale !

Bien que ce texte ait été amendé au profit du droit à l’objection de conscience, notamment en affirmant que « nul hôpital, établissement ou personne ne peut faire l’objet de pressions, être tenu responsable ou subir des discriminations d’aucune sorte pour son refus de réaliser, d’accueillir ou d’assister un avortement (…) », une telle affaire doit aiguiser notre conscience qui, catholique ou non, semble de plus en plus menacée par ce type de réglementation liberticide. Il convient d’ailleurs de rappeler que ce n’est pas la première fois qu’une telle offensive est lancée. En 2005, un organe officiel de la Commission européenne, le « réseau d’experts indépendants en matière de droits fondamentaux » avait déjà réussi à bloquer la conclusion d’un accord entre la Slovaquie et le Saint-Siège, qui devait servir de cadre à la reconnaissance d’un droit effectif à l’objection de conscience.


Paul M

vendredi 4 décembre 2009

Le Petit Nicolas et l’identité nationale

C’est assez rare pour être signalé : depuis la fin du mois de septembre, un film français triomphe dans les salles de cinéma de l’hexagone. Avec près de 5 millions d’entrées en un peu plus d’un mois, le Petit Nicolas, l’adaptation cinématographique des aventures du personnage créé par Sempé et Goscinny, est un succès populaire du même ordre que Les Choristes ou Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun entre ces films récents. Tous ont montré une France éloignée de l’idéal cosmopolite actuel, que ce soit par choix esthétique (Amélie Poulain), ou par simple bon sens historique (Les Choristes et Le Petit Nicolas).

Le Petit Nicolas a des ennuis

Il n’en fallait pourtant pas plus pour que les cultureux et autres portes plumes du politiquement correct sonnent l’hallali. A l’exception notable de Libération, le pauvre petit écolier s’est fait manger tout cru par l’ensemble des journaux officiels de l’élite germanopratine. Comme les deux autres films cités précédemment, il lui a été reproché pèle mêle son « passéisme », son « manque de modernité » (sic) ou encore sa représentation d’une France bien trop éloignée de l’apocalyptique « Entre les murs », palme d’or surestimée du festival de Cannes 2008. Des grands titres tels que les Inrockuptibles ont vu dans le film de Laurent Tirard « la réclame consternante d’un mode de vie réac, niaiseux et asphyxiant ». Il faut se rappeler que dans ces mêmes colonnes le journaliste Serge Kaganski avait qualifié Amélie Poulain de film pétainiste… Le Monde estime quant à lui que « le film ressert la soupe nostalgique d’une France des 30 glorieuses et de son école exemplaire, exclusivement peuplée de gentils petits garçon blancs, vêtus de culottes courtes en flanelle, respectueux de l’autorité des professeurs (…) et qui n’imaginent même pas lancer une boule puante ». Voilà un crime de lèse multiculturalisme ! C’est à se demander pourquoi le réalisateur n’a pas troqué les culottes pour des baggys et les billes contre des cocktails Molotovs. Enfin, pour Les cahiers du cinéma, le film tient « un discours douteux ». Pour les journaux dits « de référence » des cinéphiles français – dont votre serviteur confesse faire partie – il serait donc réactionnaire et douteux de représenter la France et les Français tel qu’ils étaient à l’aube des années 1960. Pour mémoire, à la même période, Charles de Gaule les définissait comme « un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » .

Trissotins, cinéma et identité

Au-delà de la bassesse de ces critiques, c’est bien un profond décalage entre l’intelligentsia et le grand public qui se fait jour. Un bras de fer idéologique et intellectuel s’est joué sans probablement que les protagonistes ne s’en rendent compte. Qu’ont voulu nous dire ces plumitifs et autres thuriféraires de la France métissée qui prétendent parler au nom de la vox populi ? A peu près ceci : « si vous allez voir ce film, vous êtes forcement un dangereux réac’ et un xénophobe prêt à faire ressusciter la bête immonde ». Ces tentatives d’intimidation ont été superbement ignorées par les millions de spectateurs qui se sont rendus dans les salles obscures. A l’heure où un autre Nicolas propose un débat sur l’identité nationale, voilà un signal plutôt rassurant. Cela éclaire aussi l’importance du septième art dans la construction de cette identité. Les Etats-Unis l’ont compris depuis longtemps et ont toujours su mettre en scène leurs grandes épopées nationales. Souvenons nous des westerns de John Ford et reconnaissons leur rôle dans la construction du mythe américain. Le cinéma chinois a, de son côté, connu son plus gros succès récemment avec l’épopée médiévale et patriotique Les Trois Royaumes, mis en scène de manière spectaculaire par John Woo. La France reste étrangement orpheline de ces films populaires et fédérateurs. Gageons pourtant qu’une saga sur les hauts faits des chevaliers français aurait sûrement plus d’allure et de succès qu’un énième drame social sur la fermeture d’une usine de robinetterie dans le Calvados. En plébiscitant Le petit Nicolas, les Français se sont réappropriés un morceau d’histoire. Ils ont aussi montré que, inconsciemment, ils situent les origines de l’identité française plus près du baptême de Clovis que de la loi sur le regroupement familial.

Maxime Bregeon

L’urne ou le bénitier ?

Depuis plusieurs siècles, le monde occidental poursuit un long cheminement vers l’émancipation de la volonté individuelle. La Renaissance a marqué les prémices de cette évolution et a fait entrer l'homme dans l’ère de la modernité politique. Les années soixante ont vu ce processus de libération de l’autonomie s’emballer et nous sommes parvenus à ce que plusieurs auteurs appellent la « modernité tardive ». Que faut-il penser de cette accélération de l'affranchissement de la raison moralisatrice ? Peut-elle être enrayée ? Un chrétien peut-il l’accepter ou doit-il la récuser ? On peut recenser trois attitudes au sein de notre société face à la modernité. Tout d’abord, et en dépit d’un malaise croissant, beaucoup se rangent derrière cette marche vers le progrès qui prétend nous éloigner chaque jour un peu plus de l’obscurantisme moralisateur. D’autres tentent de trier entre le bon grain et l’ivraie au sein de notre monde moderne. Une minorité, enfin, veut sonner la charge devant les ravages du relativisme et balayer l’ensemble de la modernité. On serait tenté de partager l'avis de ces derniers tant l'éclatement du triptyque institutionnel – famille, école, religion – et l'individualisme excessif précipitent la perte de repères. Les avatars de la modernité auraient en effet tendance à nous faire voir les temps anciens d'un oeil particulièrement bienveillant.


Or c’est justement là où réside le problème : ces temps sont bien révolus et la dynamique de la modernité ne connaîtra pas de révolution contraire. Les tentatives avortées de restauration monarchique en témoignent. Et quand bien même ce retour serait possible, faudrait-il vraiment franchir le pas ? L’émancipation de la volonté n’est-elle pas consubstantielle à l’homme pécheur ? Autrement dit, celui-ci, marqué par le péché originel, n’est-il pas par nature conduit à s’affranchir de toute morale supérieure ? Certains voudraient restituer des institutions fondées sur la morale chrétienne. Entendons-nous. Accepté par une majorité, ce changement pourrait s’avérer salutaire à plusieurs égards pour nos sociétés en proie à des maux plus délirants les uns que les autres. Mais le modèle monarchique a cela de moins que le modèle démocratique qu’il impose ce que tout homme peut entendre par la voix de sa conscience. La morale naturelle, en effet, n’est pas l’exclusivité des croyants. Chacun en s’aidant de sa raison comme moyen (et non comme finalité) peut percevoir les bienfaits qui lui sont propres. Le principe de participation mis en avant par la doctrine sociale de l’Eglise relève de cet esprit plus respectueux de la dignité humaine. On retiendra ici l’analyse de Jacques Maritain qui, à l’inverse d’un Joseph de Maistre, croit que la modernité est née d’une progression et non d’une rupture. La vie du Christ sur terre et, par extension, le christianisme, seraient au fondement de la liberté subjective : Dieu n'a-t-il pas laissé à l'homme la liberté d'entrer en communion avec lui ? Pour Jacques Maritain, il convient donc d’abandonner « la chrétienté sacrale », c’est-à-dire le modèle médiéval articulant la religion et l’Etat, car ce régime nie la liberté voulue par Dieu. Le Concile Vatican II a quant à lui définitivement porté sur les fonts baptismaux cette liberté religieuse en 1965.


Toutefois, l’Eglise continue d’achopper aujourd’hui sur l’absence d’un droit naturel objectif et sur la quasi-omnipotence de la volonté du peuple qui permet à ce dernier de légiférer sur à peu près tout. Certes, cet immanentisme est un grand péril pour la dignité de l’homme. Les partisans de l'ordre ancien ont raison de le souligner. La morale naturelle, en assurant par exemple la défense de la famille, promeut une société aux fondements solides. En outre, cette absence de transcendance ouvre la voie à toutes sortes de dérives dont notre siècle a été le témoin. On pense bien-sûr aux totalitarismes, mais également plus proche de nous, la tendance qu'ont nos sociétés à vouloir contrôler la vie (euthanasie, eugénisme etc.).


Faut-il alors donner raison aux adversaires de la démocratie libérale ? A rebours d’un aménagement des structures politiques, Jean-Paul II nous proposait plutôt une révolution spirituelle. Il faut, d’après lui, libérer l’esprit moderne par la morale chrétienne qui l’a engendré mais dont il s’est éloigné. Le christianisme doit donc devenir le foyer d’animation de la modernité. Le Pape polonais appelait de ses vœux la constitution d’une « chrétienté profane » qui accorderait à l’Eglise toute sa place dans l’espace public et encouragerait par conséquent les chrétiens à se lancer dans une nouvelle évangélisation. Certes, c’est là un dur labeur. Mais peut-être répond-il plus à l’appel apostolique du Christ. Oui, nos démocraties libérales sont souvent dures lorsque nos propos ne passent pas sous les fourches caudines du politiquement correct. Elles frappent d’ostracisme, brocardent, discréditent. Mais au moins ne nous tuent-elles pas. Par delà des peines augurées (« Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom » Matthieu 10 21) elles nous laissent la possibilité de faire entendre notre voix. Finalement, la meilleure arme des chrétiens, ne serait-elle pas la « Splendeur de la Vérité » reconnaissable par chacun de nous et dont l’Eglise nous aide à prendre conscience ? Aujourd’hui, plus que jamais, les préceptes évangéliques apparaissent comme les remèdes aux maux de ce temps. Peut-être est-ce en ce sens que Jean-Paul II nous disait : « L’homme est la route de l’Eglise, l’Eglise est la route de l’homme ».

Joseph d'Abbadie




« La Médiocrité en étendard »


Les frères Goncourt se disaient exilés parmi leurs contemporains, je ressens la même chose au sujet des miens. Inquiétudes, colères, espoirs : rien ne nous est commun. Accrochés à leurs portables, à un autre. Spectateurs d’une vie morose, terne, ces gens ne vivent pas. Ils survivent par procuration, par peur de se retrouver seul avec eux-mêmes ; avoir à contempler le néant abyssal de nos existences est l’issue à laquelle il faut échapper. Je ne suis pas mieux qu’eux, j’ai juste le courage morbide de m’être épuré de l’accessoire, de ne pas composer avec l’absurdité, de ne pas transiger, de ne pas espérer.

Le monde occidental est un malade contagieux essayant de transmettre ses miasmes à la terre entière. A ce petit jeu il ne peut que gagner, une société toute entière tournée vers la valorisation des bas instincts humains est invincible. Porter au pinacle la noirceur qui est en chacun de nous, en faire la norme et dénoncer au nom de cette nouvelle « morale » les valeurs qui pourraient s’y opposer, voilà le projet ! Rien ne doit freiner la marche inexorable vers la consommation de masse, l’anesthésie générale, l’acceptation joyeuse de sa propre servitude. Tout sera broyé sur l’autel du dieu Progrès: nations, cultures, religions, valeurs, autant de contrepoids qui tempéraient la nature humaine et qui doivent disparaître pour ne pas entraver la libre jouissance de l’Homme. Il est aujourd’hui libre, libre de n’être rien, enferré dans une prison sans barreaux. Seul avec ses propres turpitudes sans aucune réponse ou buts il s’est fait Dieu avec le discernement d’un chiot.
Mais « la nature à horreur du vide », alors l’Homme se remplit, et pour ce faire il consomme des biens matériels espérant ainsi s’affirmer : fringues à la mode, mode changeant sans cesse, gadgets High Tech évoluant sans cesse ; à renouveler sans cesse…

Il consomme les êtres de la même façon qu’il consomme les objets. Le désir larmoyant d’avoir un enfant, un enfant à tout prix, quitte à parcourir le monde pour trouver la perle rare, le petit cambodgien, la petite brésilienne qui le fera craquer, soif d’exotisme jamais rassasiée. Pour les autres la DDASS est là. Mais il se peut qu’il ne veuille pas d’enfant, pas déjà, pas encore, tout va bien l’avortement est là.
Il consomme des « people » ces veaux d’or éphémères, VRP suscitant place de cinéma, concert, ou pages de magazines.
Il consomme des partenaires, addition d’amours sans lendemain ; divorces et remariages frénétiques. La famille traditionnelle éclatée n’est plus qu’une multiplication de solitudes : deux télés, deux voitures, deux loyers… Le compte est bon.

Et si tout cela ne suffit pas il s’adonne aux hobbies compassionnels, la charité forcée. Il devient écolo et culpabilise ceux qui ne le sont pas car c’est une cause qui concerne vraiment tout le monde. Le prolétaire roulant en 205 polluante devra se faire une raison, rouler propre ça a un coût. Il faudra aussi acheter des ampoules basses consommation hors de prix, de toute façon on ne trouve plus que ça dans le commerce. Après tout ça, il faudra encore faire le tri sélectif, la Chine, les USA peuvent rejeter des tonnes de CO2 dans l’atmosphère, Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand peuvent eux se déplacer en hélicoptère, mais en séparant le verre du carton on pense changer le monde, ça occupe, on se croit important.
On peut aussi venir en aide aux étrangers, inciter au déracinement d’individus qui finiront commis dans une arrière-cuisine de gargote malsaine : voilà l’El dorado. Disposer d’une réserve de personnel corvéable à merci, sans minima sociaux, l’idéal des patrons et des militants du RESF est identique.
Dans ces « combats », une constante : l’absence du véritable don de soi. S’acheter une conscience quitte à être l’idiot utile du système.

Ce triste constat sur l’homme moderne occidental, me rappelle les mots de Louis Pauwels, au sujet de la génération 68 : « Rien ne leur paraît meilleur que n’être rien, mais tous ensembles, pour n’aller nulle part ». Cette absence de véritables valeurs fédératrices, ce néant dans lequel nous naviguons semble avoir été décrit par Huxley quand il écrivait, dans son roman visionnaire Le meilleur des mondes : « Là ou il y a des guerres là ou il y a des serments de fidélités multiples et divisés, là ou il y a des tentations auxquelles on doit résister, des objets d’amour pour lesquels il faut combattre ou qu’il faut défendre, là, manifestement la noblesse et l’héroïsme ont un sens. Mais il n’y a pas de guerre de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d’aimer exagérément qui que ce soit. Il n’y a rien qui ressemble à un serment de fidélité multiple ; vous êtes conditionné de telle sorte que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire ce que vous avez à faire. Et ce que vous avez à faire est, dans l’ensemble, si agréable, on laisse leur libre jeu à un si grand nombre de vos impulsions naturelles, qu’il n’y a véritablement pas de tentations auxquelles il faille résister ».

Mais alors pourquoi une telle déshérence de l’âme, une telle perte du sacré ? Cette absence de valeurs nobles, celles qui élèvent l’homme, est consécutive de l’émergence, en Occident, de la société bourgeoise, société qui pour Renan ne pouvait aboutir qu’à la médiocrité, à la subordination de tous et tout à l’argent, à un désordre permanent. Karl Marx ne dit pas autre chose quand il écrit : « Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales, et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, ne laissant subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt ». Et nous sommes, en effet, entrés de plein pied dans cette société aseptisée et morne où les seuls buts sont l’acquisition du profit immédiat ou la satisfaction de nos moindres désirs. Somme-nous pour autant heureux ? Je ne le crois pas. Certains grands esprits ont constaté cette faillite de l’Homme dans nos sociétés modernes. Saint Exupéry, déjà, résumait à merveille ce vide : « l’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissés libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! ». Pour lui une solution s’impose : « Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles […] on ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés […] on ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour ».


Que faire ?

Flannigan